Boom du personnel de labo sans formation collégiale

13 mai 2021

Le recours au personnel technique sans formation collégiale a explosé dans des laboratoires médicaux du Québec durant la dernière année, notamment en raison de la pandémie.

Ces travailleurs, appelés « techniciens classe B », sont presque 10 fois plus nombreux que l’an passé dans les laboratoires qui desservent Laval, les Laurentides et Lanaudière, passant de sept à 64.

Leur nombre a aussi plus que doublé au laboratoire Montréal-CHUM en 2020, grimpant de 21 à 55. Ils sont aussi une vingtaine de plus au laboratoire Montréal-CUSM.

C’est l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) qui a compilé ces nouvelles embauches, s’inquiétant de voir le rôle des technologistes médicaux s’effriter en raison d’une grave pénurie et craignant l’impact sur la qualité des analyses.

Le recours à ces travailleurs représente un risque, selon l’ordre professionnel des technologistes médicaux.

Toutefois, les dirigeants des laboratoires assurent qu’on ne pourrait pas se passer de ces travailleurs.

Crainte d’erreurs

« On craint des erreurs d’analyses en raison du manque de personnel diplômé dans les laboratoires », soutient la présidente de l’APTS, Andrée Poirier.

Les technologistes médicaux sont responsables d’analyser les prélèvements, comme de sang ou d’urine, mais aussi les biopsies pour détecter un cancer, par exemple. Ces travailleurs ont aussi été énormément sollicités depuis un an avec les millions de tests de dépistage de la COVID-19.

Leurs analyses sont nécessaires dans environ 85 % des diagnostics, rappelle leur syndicat. Ils détiennent une formation collégiale de trois ans.

Les techniciens de classe B travaillent normalement sous la supervision d’un technologiste. Ils n’ont pas besoin d’études spécifiques.

Autant les laboratoires que le ministère de la Santé et des Services sociaux assurent qu’ils n’effectuent aucun acte réservé aux diplômés.

Mais, derrière les portes closes des laboratoires, des technologistes déplorent que le travail ne soit pas toujours défini.

« Ce n’est pas clair et précis, l’employeur les met où il veut […] Et ils ont bien beau ne pas valider de résultats, mais si toutes les tâches avant ont été faites par eux… C’est inquiétant », affirme une technologiste médicale de Montréal, sous le couvert de l’anonymat, craignant des représailles.

S’arrêter où ?

« Je veux bien déléguer des actes, mais ça va s’arrêter où ? » demande un autre technologiste de Laval, des Laurentides et de Lanaudière. S’il reconnaît qu’il a besoin d’aide, il se demande s’il s’agit de la meilleure solution.

« Comme payeur de taxes, je voudrais que ce soit du personnel qualifié qui touche à mes analyses », poursuit-il.

L’APTS milite pour une vaste campagne de valorisation de la profession, des bourses incitatives et des hausses salariales pour favoriser l’attraction et la rétention de personnel.

Par exemple, le plus haut échelon salarial d’un technologiste au Québec, soit près de 34 $/h, est inférieur au salaire d’entrée en Ontario, dit-elle.

DES TRAVAILLEURS ESSENTIELS, SELON LES PATRONS

Sans l’apport de travailleurs sans formation spécifique, des responsables des laboratoires provinciaux affirment qu’ils n’auraient pas été en mesure de traverser la dernière année.

« Si on enlève les quelque 40 [techniciens de classe B] attitrés à la COVID-19, ce serait complètement invivable. Ça nous a permis de sauver le laboratoire », explique Sophie Lépine, directrice adjointe d’Optilab, pour la grappe Laval-Laurentides-Lanaudière.

Lors d’une visite du laboratoire de la Cité-de-la-Santé, à Laval, Le Journal a pu constater que les techniciens de classe B, notamment recrutés par la plateforme Je contribue, s’occupent de toute la chaîne d’analyse des tests de dépistage de la COVID-19, par exemple. Un technologiste médical est responsable de valider les résultats à la fin.

Le triple

Ici, 49 personnes sans formation collégiale spécifique ont été embauchées dans la dernière année. C’est le triple de l’équipe habituellement en place.

« On ne prend pas n’importe qui. Les élus ont souvent une autre formation reliée aux sciences de la santé. L’un étudie même au doctorat en biologie », assure Mme Lépine. « Ils ont une formation quand on les embauche, on s’assure de leurs compétences avant de les laisser travailler seuls […] Et chacune des personnes à chacune des étapes valide en quelque sorte le travail de l’autre », poursuit la coordonnatrice technique Guylaine Robert.

Pénurie énorme

« La pénurie est énorme », poursuit-elle. Pour la grappe Laval-Laurentides-Lanaudière, les besoins se chiffrent à plus de 80 technologistes.

Au CHUM, la porte-parole Lucie Dufresne écrit que le laboratoire a « procédé à l’embauche de tous les technologistes qui répondaient aux exigences », soit une trentaine l’an dernier. Mais les besoins étaient de loin supérieurs, poursuit-elle.

Selon Mme Lépine, les diplômés ne sont pas assez nombreux et les hôpitaux se les arrachent.

Pour sa part, le ministère de la Santé et des Services sociaux soutient que même si les techniciens de classe B ont augmenté, ils sont encore beaucoup moins nombreux à temps complet que les technologistes.

AUTEUR: HUGO DUCHAINE

SOURCE: JOURNAL DE MONTRÉAL

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