Cibler un traitement pour la COVID grâce à l’IA

7 octobre 2020

Depuis le début de la pandémie, les efforts afin de trouver un traitement sont nombreux, et les nouvelles technologies sont de plus en plus sollicitées. Mila – Institut québécois d’intelligence artificielle – s’est d’ailleurs joint à l’entreprise britannique Relation Therapeutics dans le but de cibler des médicaments candidats contre la COVID-19.

Le lancement du Projet RE a été annoncé le 1er septembre dernier. Basée à Londres, Relation Therapeutics utilise l’apprentissage automatique et la science des données pour le développement de médicaments. Avec Mila, ils espèrent révolutionner le développement de médicaments par ordinateur.

L’initiative sera sous la direction scientifique générale de Yoshua Bengio, fondateur de Mila. « Les progrès de l’apprentissage automatique nous permettent de compiler une multitude de sources d’information sur une maladie et de mettre au point des systèmes qui s’améliorent au fil du temps grâce à l’apprentissage actif, » a souligné M. Bengio en annonçant le projet.

MISER SUR LES COMBINAISONS

Le but est de trouver un traitement qui pourrait empêcher le virus de pénétrer dans les cellules et de s’y reproduire. Puisque le temps presse, les chercheurs se baseront sur des options déjà existantes. « Nous n’allons pas essayer de développer un nouveau médicament, car cela peut prendre beaucoup de temps. Il faut en moyenne plus d’un an, environ deux ans et demi, pour développer un nouveau médicament et en obtenir l’approbation, » explique Jian Tang, professeur adjoint à Mila et membre du conseil consultatif scientifique pour le Projet RE.

« En général, un seul médicament ne suffit pas pour traiter la maladie. Nous avons alors besoin d’une combinaison. Nous voulons donc trouver deux médicaments déjà approuvés qui, utilisés ensemble, pourront traiter la maladie, » souligne-t-il. C’est ici que l’intelligence artificielle entre en jeu. Les combinaisons possibles sont nombreuses, et il serait ardu de toutes les tester. Les algorithmes créés par l’équipe de Mila prédiraient les associations de médicaments les plus efficaces pour soigner la COVID-19.

UN TRAVAIL D’ÉQUIPE

« La course contre la montre que nous menons ensemble a pour but de vaincre la COVID-19 et d’améliorer le sort des patients en ciblant des médicaments susceptibles d’être reconvertis. Pour ce faire, nous avons réuni une équipe de haut vol qui allie l’expertise de Mila et de Relation dans les domaines de la science des données, de l’apprentissage automatique, de la biologie et du développement de médicaments, » mentionne David Roblin, médecin en chef chez Relation Therapeutics.

Pour cette collaboration, Mila se concentre exclusivement sur l’élaboration des algorithmes. Des essais cliniques, gérés par Relation Therapeutics, permettront ensuite de valider les prédictions émises par les systèmes d’IA. Sous la supervision du Dr Roblin, l’équipe souhaite également mettre au point une plateforme permettant de développer des médicaments qui modulent de manière appropriée la réponse immunitaire à travers les différentes étapes de l’infection.

UN SOUTIEN IMPORTANT

M. Tang souligne qu’un projet d’envergure comme celui-ci requiert beaucoup de ressources. Relation Therapeutics a d’ailleurs annoncé un soutien financier d’un peu plus de 1,7 million de dollars canadiens, de la Fondation Bill & Melinda Gates. « Le financement que nous avons reçu est le catalyseur essentiel de cette initiative, » a indiqué Dr Roblin.

Cette fondation s’associe avec des partenaires du monde entier dans le but de résoudre d’importants problèmes de société. L’un d’entre eux est celui des inégalités en matière de santé. En effet, les investissements contribuent au développement de nouveaux outils et stratégies permettant de réduire la charge des maladies infectieuses et des principales causes de mortalité infantile dans les pays en développement. Depuis sa création, la Fondation a versé plus de 73 milliards de dollars canadiens en subventions.

L’APPORT DE L’IA

Projet RE n’est pas le seul à utiliser l’IA afin de mieux comprendre et traiter la COVID-19. D’autres chercheurs de Mila se sont d’ailleurs penchés sur l’étude des pneumonies associées à cette maladie. Ils ont mis au point un outil capable de prédire l’évolution de la gravité de cette pathologie.

Une équipe du Département de génie électrique et de génie informatique de l’Université Laval tente également d’apporter sa contribution. En effet, elle travaille sur un bracelet qui surveillerait l’état des patients en temps réel. Conçu grâce à plusieurs technologies, dont l’IA, cet outil pourrait prédire le risque d’hospitalisation du porteur, selon ses signes vitaux. En effet, il pourrait repérer des complications liées à la COVID-19, comme la fièvre et la détresse respiratoire.

Somme toute, l’intelligence artificielle demeure un allié important dans cette pandémie mondiale. Selon une étude effectuée en Inde, cette technologie contribuerait principalement à sept applications : la détection précoce et le diagnostic de l’infection, le suivi du traitement, la recherche de contact des individus, la projection des cas et de la mortalité, le développement de médicaments et de vaccins, la réduction de la charge de travail des travailleurs de la santé, ainsi que la prévention de la maladie.

AUTEURE: ALEXANDRA LAUZON

SOURCE: CSCIENCE.CA 

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