Colchicine et COVID-19: l’étude du Dr Tardif publiée dans «The Lancet Respiratory Medicine»

27 mai 2021

Le professeur de l’UdeM et directeur du Centre de recherche de l’ICM Jean-Claude Tardif commente la parution de son étude COLCORONA dans un prestigieux journal révisé par les pairs.

L’étude clinique COLCORONA vient d’être publiée dans The Lancet Respiratory Medicine. Rappelons-le, l’étude menée par le DJean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) et professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, visait à déterminer si la colchicine, un anti-inflammatoire peu coûteux utilisé notamment en cardiologie, pouvait prévenir les risques de complications graves liées à la COVID-19.

En janvier dernier, l’ICM annonçait des résultats cliniquement convaincants quant à l’efficacité de la colchicine pour traiter la COVID-19, mais alors non soumis à la révision par des pairs, dans une revue scientifique. Nous avons rencontré le Dr Tardif pour recueillir ses commentaires.

Comment voyez-vous la parution de l’étude dans «The Lancet Respiratory Medicine», un journal révisé par les pairs classé comme numéro un dans les domaines des soins intensifs et de la médecine respiratoire?

Étant donné qu’il s’agit d’un journal de la famille de The Lancet, je pense que ça va mettre les résultats en perspective et valider ce que nous savons depuis le début, c’est-à-dire que la colchicine réduit les complications graves d’environ 25 % chez les patients à la maison qui ont reçu un diagnostic positif de COVID-19 par test PCR et qui ont des facteurs de risque les rendant susceptibles d’être hospitalisés ou de décéder de la maladie. On parle ici de patients âgés au moins de 40 ans et qui sont soit obèses, soit diabétiques, qui souffrent d’une maladie respiratoire ou cardiovasculaire, d’hypertension artérielle, etc.

À la suite de cette publication, pensez-vous que l’INESSS, mais aussi le Collège des médecins et l’Ordre des pharmaciens du Québec reverront leur position?

Je ne peux pas parler au nom de l’INESSS [Institut national d’excellence en santé et en services sociaux]. Il y a toutefois eu, malheureusement, une incompréhension des communiqués de l’Ordre des pharmaciens et du Collège des médecins, qui n’ont jamais dit de ne pas prescrire la colchicine. Une phrase a été très mal interprétée: ne pas prescrire la colchicine à titre préventif. Bien entendu! La colchicine ne devrait jamais être donnée avant que le diagnostic ait été posé. La colchicine n’est pas un antiviral, c’est un médicament qui prévient la tempête inflammatoire.

Il est intéressant de constater que les prescriptions de colchicine ont augmenté dans la dernière année au Canada. Je suis aussi rassuré de voir qu’un grand journal avec révision par les pairs a accepté l’étude avec beaucoup d’enthousiasme. Par ailleurs, le British Columbia COVID-19 Therapeutics Committee vient justement d’intégrer la colchicine aux lignes directrices de soins de la Colombie-Britannique.

Selon vous, quelles seront les retombées tangibles de cette parution? Pensez-vous que la colchicine sera davantage prescrite?

Nous avons démontré que réduire la tempête inflammatoire tôt dans l’évolution de la COVID-19, avant que les complications surviennent, est bénéfique. La colchicine devrait être considérée chez les patients à risque de complications. Selon le comité de sécurité de l’étude, qui inclut notamment des chercheurs de l’Université Harvard, un ancien doyen de la Faculté de médecine de l’UdeM et une microbiologiste-infectiologue de renom, il y avait unanimité à l’effet que c’était dès janvier 2021 qu’il fallait commencer à prescrire la colchicine.

De plus, la colchicine est une piste de solution intéressante pour les pays où l’accès au vaccin est plus difficile. Pensons ainsi à une utilisation à large échelle en Inde, où la situation est beaucoup plus problématique.

Par ailleurs, nos résultats de l’étude COLCOT publiés dans le New England Journal of Medicine ont aussi montré que la réduction de l’inflammation avec la colchicine diminue de façon marquée le risque d’évènements cardiovasculaires défavorables chez les patients aux prises avec une maladie coronarienne.

Comment réagissez-vous aux résultats récents de l’équipe de RECOVERY, une vaste étude britannique qui a conclu que la prise de colchicine ne permet pas de réduire la mortalité, la durée du séjour à l’hôpital ou le recours à la ventilation mécanique?

Rappelons certains faits: RECOVERY [Randomised Evaluation of COVID-19 Therapy] ciblait des patients hospitalisés, dont 95 % recevaient des stéroïdes [dexaméthasone]. Pourtant, en clinique, la colchicine et les stéroïdes ne sont presque jamais combinés, on administre l’un ou l’autre de ces médicaments.

Ensuite, il est plus logique de prévenir la tempête inflammatoire [chez les patients non hospitalisés] avec la colchicine que de tenter de la réduire lorsqu’elle est installée. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons conduit l’étude COLCORONA auprès de patients non hospitalisés confinés à la maison. Les résultats de l’étude COLCORONA ne sont donc pas affectés par ceux de RECOVERY.

À propos de cette étude

Pour plus d’information au sujet des résultats de l’étude COLCORONA, consulter le communiqué diffusé par l’Institut de cardiologie de Montréal et l’article scientifique «Colchicine pour les patients non hospitalisés avec la COVID-19 (COLCORONA): un essai multicentrique de phase III, randomisé, en double aveugle, adaptatif et contrôlé par placébo» publié le 27 mai 2021 dansThe Lancet Respiratory Medicine.

AUTEURE: BÉATRICE ST-CYR-LEROUX

SOURCE: UDEM NOUVELLES

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