Colchicine : Quand la machine québécoise fonctionne

25 janvier 2021

Ce pourrait être un bon coup de pied que viennent d’administrer les chercheurs de l’Institut de cardiologie de Montréal à la COVID-19.

Un coup de pied expédié avec l’aide d’un nombre impressionnant de collaborateurs québécois.

La colchicine, un vieux médicament contre la goutte qui coûte moins de 1 $ le comprimé, pourrait faire diminuer du quart le taux d’hospitalisation chez les gens à risque de développer des complications.

Il faut bien sûr rester prudent. Les résultats n’ont pas encore été révisés par les pairs et le diable est parfois dans les détails. On peut d’ailleurs s’interroger sur cette stratégie de dévoiler des résultats scientifiques par communiqué de presse avant la sortie des études. L’exemple du remdésivir, dont les promesses se sont dégonflées, incite à une certaine retenue.

Si les données se confirment, il n’est pas exagéré de parler de « percée majeure ». Non, la colchicine n’est pas une pilule magique qui transforme la COVID-19 en rhume. Mais alors que notre capacité hospitalière est fragile, particulièrement avec la menace de nouveaux variants potentiellement plus transmissibles et dangereux, éviter une hospitalisation sur quatre serait un gain significatif.

Dans les pays en développement, la colchicine pourrait changer la donne de façon encore plus importante. La triste et injuste réalité est que de nombreux Terriens devront attendre de longs mois, sinon des années, avant d’être vaccinés. Un médicament bon marché qui réduit les complications graves a le potentiel de sauver des milliers de vies.

On verra bientôt si ces promesses se concrétisent. Mais dans tous les cas, cette histoire est réjouissante parce qu’elle montre une machine québécoise qui a su réaliser une étude clinique majeure dans des délais hallucinants. Une machine au sein de laquelle de nombreux acteurs ont mis au rancart les vieilles façons de faire pour se mettre en mode action.

Bref, une machine qui a réagi à la crise au quart de tour.

Avouons que ça fait du bien à voir.

* * *

L’étincelle initiale revient évidemment au DJean-Claude Tardif et à son équipe. En voyant que plusieurs patients souffraient non pas des séquelles du virus, mais bien d’inflammation causée par leur système immunitaire qui s’était emballé, ils ont pensé à cet anti-inflammatoire qu’ils avaient déjà étudié.

Six jours plus tard (six jours !), ils annonçaient le lancement d’une étude pour tester l’idée. On mesure mal l’exploit que cela représente. En temps normal, il aurait fallu des mois pour planifier et autoriser une telle opération.

Saluons d’ailleurs la décision des chercheurs de lancer une étude solide, selon les meilleurs standards et comptant des milliers de patients. Dans l’urgence, trop de chercheurs ont accouché d’études bancales qui, au bout du compte, ne montraient rien. L’hydroxychloroquine du DRaoult, ça vous rappelle quelque chose ?

L’opération était d’autant plus complexe qu’on ne visait pas à suivre des patients à l’hôpital, mais alors qu’ils étaient confinés chez eux.

Un système de livraison de médicaments à domicile a été élaboré. Un centre d’appel comptant des dizaines de personnes a été créé pour assister les patients. L’entreprise CGI a créé une plateforme technologique pratiquement du jour au lendemain. Pharmascience, une autre boîte de chez nous, a fabriqué des pilules pour soutenir l’étude.

Pendant ce temps, le gouvernement provincial débloquait des fonds. Des philanthropes d’ici et d’ailleurs ont sauté dans le bateau. Santé Canada et les comités d’éthique ont donné des autorisations à des vitesses jamais vues.

Pendant des mois, on a ensuite suivi des patients, dont la grande majorité au Québec. Avec les résultats, encourageants aux yeux de plusieurs observateurs, dévoilés le week-end dernier.

Notre chapeau est déjà soulevé. On attend la publication finale avant de vous le tirer bien bas.

AUTEUR: PHILIPPE MERCURE

SOURCE: LA PRESSE+

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