Comment une technologie québécoise a permis de redresser les tibias de Charlie

17 janvier 2020
L’impression 3D ouvre un monde de possibilités. À l’aide d’un logiciel québécois unique, un orthopédiste de Montréal a pu éviter l’amputation complète des tibias de son patient. Une première au CHU Sainte-Justine.

Janvier 2005. Charlie, 18 mois, est foudroyé par la bactérie mangeuse de chair. Dans les faits, cette dernière ne mange pas le tissu, mais produit une toxine qui le détruit.

La bactérie se propage. Les médecins contre-attaquent. La guerre dure trois semaines. Pour sauver le garçon, on ampute ses jambes au milieu du tibia.

Mais la bactérie a eu le temps d’infecter d’autres cellules, notamment celles qui sont responsables de la croissance de certains os.

Ce que ça fait, c’est que l’os grandit croche, avec un angle anormal, explique le Dr Peter Glavas, orthopédiste pédiatrique au CHU Sainte-Justine.

Durant l’adolescence, Charlie a subi une trentaine de chirurgies. Elles ont permis de redresser la déformation des tibias. Mais depuis l’an passé, la courbure de son tibia gauche a atteint un angle impossible à corriger, rendant sa prothèse fort douloureuse.

L’axe est dévié d’environ 30 à 40 degrés par rapport à l’axe normal. Donc, c’est une déformation assez importante, parmi les plus sévères que j’ai rencontrées. -Le Dr Peter Glavas

Aujourd’hui, la croissance des tibias de Charlie est terminée, et leur déviation est définitive. On peut donc envisager une solution permanente. Mais les options restent limitées.

Non à l’amputation au-dessus du genou

La première, et non la moindre, est une amputation au-dessus du genou.

Il voulait m’amputer le bas de la cuisse. J’ai dit non, ça ne me tente vraiment pas. Je ne veux pas du tout. -Charlie

Le Dr Glavas comprend la réaction de son jeune patient. Quand on enlève un segment de la jambe qui est quand même assez long, on enlève du bras de levier. Donc la force générée par les muscles est diminuée. L’endurance à la marche, l’effort qu’il peut faire, voilà toutes les contraintes que Charlie devrait sacrifier.

On opte alors pour la deuxième solution : le redressement du tibia à l’aide d’une technologie unique. Une première au CHU Sainte-Justine. Je trouve que c’est, pour employer le mot anglophone, un “game changer” pour nous. Ça change vraiment la donne de A à Z! souligne le Dr Glavas.

Un seul trait de scie

En collaboration avec le Dr Glavas, Bodycad, une entreprise de Québec spécialisée en solutions orthopédiques, planche sur un moyen de redresser le tibia gauche de Charlie. Un cas complexe.

Redresser complètement le tibia nécessiterait plusieurs entailles dans l’os. Créer autant de traumatismes est impensable. La correction sera partielle.

L’exigence du Dr Glavas est claire : il n’y aura qu’un seul trait de scie.

On vise actuellement une amélioration d’environ 30 %, ce qui est quand même significatif étant donné que l’objectif ultime, c’est de pouvoir appareiller ce jeune homme-là, d’améliorer sa qualité de vie et sa capacité de déplacement. -Étienne Robichaud, de Bodycad

Où couper? Dans quel angle? À quelle profondeur? Le logiciel calcule, évalue les répercussions qu’aura le trait de scie sur chacun des axes du mouvement. Deux cents heures de travail sont nécessaires pour trouver le trait de scie optimal.

Un guide de coupe en 3D

On imprime finalement en 3D une petite pièce, un guide de coupe qui, une fois fixé sur le tibia, permettra au Dr Glavas de diriger son trait de scie.

Mai 2019. Après avoir effectué le trait de scie, le Dr Glavas amorce l’écartement du tibia. Même si l’os dispose d’une certaine flexibilité, la prudence est de mise. Trente minutes plus tard, Dr Glavas atteint l’ouverture souhaitée : 20 millimètres.

C’est le maximum sans risque de fracture. Pour stabiliser le tibia dans cette position, on insère un greffon dans l’ouverture. On termine la chirurgie en consolidant le tibia avec une plaque en titane. On la visse. Le travail est terminé.

L’heure de vérité

Trois mois après l’opération, c’est l’heure de vérité. Un coup d’œil sur la radiographie confirme que le tibia est bien guéri. L’os est parfaitement soudé.

Le Dr Glavas invite Charlie à faire quelques pas. Sourire aux lèvres, la réaction de l’orthopédiste ne se fait pas attendre. « Good job man! »

L’opération de la jambe gauche est un succès, mais la démarche de Charlie n’est pas encore optimale.

Maintenant, c’est la jambe droite qui pose problème. En compensant, elle crée de l’instabilité dans le mouvement. Face à ce constat, la suite des choses s’impose pour le patient et son médecin. La discussion est brève. La décision rapide.

– « Je pense que ce serait une bonne idée de procéder à la correction du côté droit, si tu es partant bien sûr.
– Je suis partant, je suis partant.
– OK. Good, on fera ça prochainement. »

C’est finalement le 21 janvier que la suite de l’opération sera mise en branle. Après quoi, Charlie pourra recouvrer sa vie normale, ses activités, ses amis.

Source Radio-Canada

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