Coronavirus de Wuhan: une contagion entre humains

21 janvier 2020

Le 1er janvier, les autorités municipales de Wuhan, une ville en plein coeur de la Chine, ont fermé un grand marché de poissons et de fruits de mer, car elles y situaient la source d’un virus provoquant une mystérieuse pneumonie. En nettoyant et en désinfectant ce marché où on vendait aussi des volailles et des viandes d’animaux sauvages, elles espéraient mettre fin à la flambée, qui, pensaient-elles, émanait d’un contact direct avec les animaux.

Toutefois, le nombre de cas découverts a continué à grimper dans les semaines suivantes. La maladie, proche du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et maintenant attribuée à un nouveau coronavirus, a même été détectée à des centaines de kilomètres du marché considéré comme la pouponnière de l’épidémie, par contact interposé. Si bien qu’un constat devenait inévitable : le virus se transmet d’humain à humain.

Un renommé scientifique chinois de la Commission nationale de la santé, Zhong Nanshan, a déclaré lundi à la télévision d’État que la transmission par contagion entre personnes était « avérée ». L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est allée dans le même sens : même si la source principale de ce nouveau coronavirus est probablement animale, « une transmission limitée de personne à personne » a lieu lors de contacts rapprochés. Des particules de salives porteraient l’agent infectieux.

Réunion d’urgence

Lundi avant-midi, le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a convoqué une réunion d’urgence, mercredi, afin de déterminer s’il convient de déclarer une « urgence de santé publique de portée internationale ». Cette appellation n’est utilisée que pour les épidémies les plus graves et « peut exiger une action internationale immédiate ».

Les coronavirus — baptisés d’après la petite couronne qui semble les ceinturer, vu au microscope électronique — infectent communément plusieurs mammifères, dont l’humain.

Chez Homo sapiens, quatre membres de cette famille provoquent des infections respiratoires bénignes, semblables à un rhume.

Deux autres engendrent des pneumonies : le SRAS-CoV, responsable du SRAS (apparu en 2002), et le MERS-CoV, à l’origine du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (découvert en 2012). Un septième membre doit maintenant être ajouté à la photo de famille : le 2019-nCov (pour « nouveau coronavirus 2019 »).

 Tandis que le risque de voir cette maladie se propager au Canada est considéré comme faible, l’Agence de la santé publique analyse

Jusqu’à présent, plus de 200 cas ont été répertoriés en Chine, dont quatre mortels. Lundi, les autorités chinoises ont annoncé avoir retracé la maladie pour la première fois en dehors de Wuhan, parlant de cinq cas à Pékin, quatorze dans la province du Guangdong et un à Shanghai. Des cas isolés ont aussi été confirmés au Japon, en Thaïlande et, tout récemment, en Corée du Sud.

Les autorités sanitaires coréennes ont expliqué lundi qu’une dame de 35 ans, arrivée dimanche de Wuhan par la voie des airs, souffrait de fièvre, de douleurs musculaires et d’autres symptômes. Elle a été immédiatement prise en charge par les douaniers, qui l’ont placée en quarantaine, avant que des tests confirment que le 2019-nCov était bien en cause.

Comme des centaines de millions de ses compatriotes, cette dame voyageait en prévision du Nouvel An chinois, qui débutera samedi. Une grande frénésie marque cette période de l’année pendant laquelle les Chinois montent à bord d’autobus, de trains et d’avions pour visiter leur famille, contribuant du même coup à un brassage hyperefficace pour la propagation d’une épidémie.

De ce côté-ci du Pacifique

Ottawa s’est toutefois fait rassurant quant aux risques de voir le virus se propager au Canada. En conférence de presse lundi après-midi, l’administratrice en chef de la santé publique au Canada, la Dre Theresa Tam, a fait savoir que trois cas suspects avaient été examinés jusqu’à présent au pays chez des personnes ayant séjourné dans la région de Wuhan. Dans les trois cas, le coronavirus chinois n’était pas en cause.

« Tandis que le risque de voir cette maladie se propager au Canada est considéré comme faible, l’Agence de la santé publique du Canada analyse en continu les risques potentiels pour les Canadiens, a-t-elle déclaré. Actuellement, il n’y a aucun cas rapporté de ce nouveau coronavirus au Canada, et nous ne sommes en connaissance d’aucun cas impliquant des Canadiens outre-mer. »

En guise de précaution, Ottawa affichera néanmoins dans les prochains jours des avis dans les aéroports de Montréal, de Toronto et de Vancouver invitant les voyageurs qui souffrent de symptômes ressemblant à ceux d’un rhume d’en informer les agents frontaliers. Une question supplémentaire à cet effet sera également ajoutée au formulaire électronique que les passagers doivent remplir à leur arrivée au pays.

« C’est important de prendre la situation au sérieux, d’être vigilants et préparés, mais je crois qu’il n’y a aucune raison pour nous de paniquer ou d’être exagérément préoccupés », a dit la Dre Tam.

Sur le plan médical, beaucoup de questions planent encore autour du nouveau coronavirus, souligne en entrevue téléphonique le Dr Jasmin Villeneuve, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). « Est-il très virulent, ou affecte-t-il plutôt les personnes déjà affaiblies ? À quel moment les personnes contaminées deviennent-elles contagieuses ? On ne le sait pas encore », dit-il. Pour répondre à ces questions, il faudra attendre que davantage de cas de la maladie soient analysés.

Comme tout virus, le 2019-nCov peut muter et devenir plus virulent ou plus facilement transmissible. Cette possibilité est « embêtante », explique le Dr Villeneuve. « Cependant, les mutations chez les coronavirus sont beaucoup moins rapides que chez l’influenza », note-t-il.

Le Laboratoire de santé publique du Québec a examiné la séquence génétique du coronavirus rendue publique par les autorités chinoises le 10 janvier, indique le Dr Villeneuve.

Ses collègues de cette unité ont même élaboré un test préliminaire permettant de vérifier si un cas suspect relève du 2019-nCov. Dans l’éventualité d’un résultat positif, un échantillon serait expédié au Laboratoire national de microbiologie du Canada, à Winnipeg, où le verdict final tomberait grâce à des analyses génétiques plus poussées et à des examens en microscopie électronique.

À la connaissance de Jasmin Villeneuve, les hôpitaux du Québec n’ont soumis aucun cas suspect aux autorités de santé publique. Il n’y a aucune raison de s’inquiéter pour l’instant dans la province, mais l’INSPQ garde les yeux grands ouverts, souligne-t-il.

« Ce ne serait pas étonnant de rencontrer quelques voyageurs [malades] ici, même si le volume est petit », admet la Dre Theresa Tam. Cependant, le potentiel d’une contagion est faible, notamment en raison « des systèmes que nous avons au Canada pour limiter la propagation, pour diagnostiquer et pour isoler les malades », conclut-elle.

Avec l’Agence France-Presse 

Une verion précédente de ce texte, dans laquelle le Dr Jasmin Villeneuve était plutôt nommé Dr Jocelyn Bérubé, a été modifiée.

Source Le Devoir

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