COVID-19 : début des essais cliniques d’un vaccin 100 % canadien

26 janvier 2021
L’entreprise de recherche médicale canadienne Providence Therapeutics a commencé la première phase d’essais cliniques sur les humains de son vaccin contre la COVID-19.

Les premiers résultats sont attendus le mois prochain. Développé à Toronto depuis le printemps dernier, PTX-COVID19-B, comme l’a surnommé l’entreprise, sera le premier vaccin contre la COVID-19 entièrement recherché, développé et fabriqué au Canada à atteindre ce stade de développement.

Il s’agit de la deuxième entreprise canadienne à faire des essais cliniques sur des humains pour un vaccin contre la COVID-19. La pharmaceutique québécoise Medicago a commencé à le faire au mois de juillet dernier, mais une grande partie de ses doses seront fabriquées en Caroline du Nord, aux États-Unis. Un troisième vaccin canadien suscite lui aussi l’espoir, celui de l’entreprise Precision NanoSystems Incorporated (PNI) de Vancouver, mais l’entreprise a récemment confirmé que les essais cliniques sont encore loin.

L’étude clinique du PTX-COVID19-B sera réalisée dans une clinique approuvée par Santé Canada qui se trouve à Toronto.

Si tout va comme prévu, la commercialisation du vaccin devrait débuter d’ici janvier 2022, selon le PDG de Providence Therapeutics, Brad Sorenson.

On veut contribuer à la solution. On veut être en mesure de donner au Canada la possibilité de dire que nous ne sommes pas que des concurrents dans la file d’attente pour les vaccins, mais que nous essayons d’aider à résoudre le problème, explique M. Sorenson.

Une solution conçue au Canada pour lutter contre la pandémie de COVID-19 augmentera la fiabilité de l’approvisionnement en vaccins pour les Canadiens, contribuera à l’approvisionnement mondial en vaccins et positionnera une entreprise canadienne sur la scène mondiale.

Brad Sorenson, PDG de Providence Therapeutics

Confiante de son succès lors de ces essais cliniques, l’entreprise a déjà acheté un laboratoire de fabrication de masse dans la région de Calgary, en Alberta, qui assurera la production de son vaccin. L’espace de près de 2000 mètres carrés est déjà en train d’être aménagé en attente de l’approbation finale de Santé Canada pour la fabrication du vaccin.

Comment fonctionne le vaccin de Providence?

PTX-COVID19-B est un vaccin à ARN messager (ARNm), comme celui développé par la pharmaceutique américaine Moderna.

Il est 100 % synthétique. Ça veut dire qu’il n’y a pas d’agent infectieux de type virus inactivé ou atténué, comme la plupart des vaccins sur le marché, explique Florian Gossart, un biologiste cellulaire et moléculaire qui travaille comme associé de recherche chez Providence Therapeutics.

L’ARN, c’est la partie active qui code la protéine spike, la protéine « S » naturellement présente sur la surface du coronavirus SRAS-CoV-2. Cette protéine « S », c’est vraiment la clé qui permet au virus de s’accrocher aux cellules, d’y pénétrer et de les infecter, poursuit-il.

Selon M. Gossart, le vaccin qu’il a aidé à mettre au point permettra au corps humain de fabriquer sa propre protéine S, et d’ainsi développer une réponse immunitaire adaptative, et donc spécifique à ce virus.

Pour améliorer la stabilité de l’ARN, les chercheurs de Providence ont trouvé une façon d’encapsuler l’ARN messager dans des nanoparticules lipidiques qui protègent l’ARN lors de sa route vers nos cellules, explique Joseph Bteich, un ingénieur nanotechnologique qui travaille aussi dans l’équipe de formulation du vaccin.

De l’oncologie à la lutte contre les maladies infectieuses

Avant la pandémie, l’entreprise Providence Therapeutics était une entreprise de premier plan en oncologie, spécialisée dans le prélèvement d’ADN de tumeurs cancéreuses afin de créer un vaccin propre à chaque patient, de façon à ce qu’il s’attaque à son cancer.

Notre compagnie se concentrait sur le développement de vaccins à ARN messager pour combattre divers types de cancer, par exemple le cancer ovarien, le cancer du sein et le cancer du cerveau, indique M. Bteich.

Avec la COVID, on a changé de voie et on s’est mis au boulot pour développer un vaccin qui a pourtant la même idée, un vaccin à ARN messager, mais qui aide à combattre la COVID.

Joseph Bteich, ingénieur nanotechnologique et associé de recherche chez Providence Therapeutics

Notre plateforme à ARN messager reste inchangée, donc c’était assez facile pour nous de passer d’un vaccin contre le cancer à un vaccin contre la COVID-19, ajoute son collègue Florian Gossart.

Une entrée sur le marché d’ici un an, estime Providence

Lors de la première phase d’essais cliniques, on inoculera le vaccin à une soixantaine de volontaires âgés de 18 à 65 ans, qui seront suivis pendant 13 mois à compter du début de l’essai.

Mais Providence Therapeutics espère déjà accumuler suffisamment de données d’ici le mois d’avril pour passer à la seconde des trois phases d’essais.

Le but, c’est d’abord de regarder si le vaccin est sûr, avant de regarder son efficacité. Une fois que la sécurité du vaccin est définie, on peut vraiment regarder s’il est efficace, explique M. Gossart.

L’équipe de chercheurs de l’entreprise se soucie peu de ne pas avoir été parmi les premières à avoir mis sur le marché un vaccin contre la COVID-19.

Ce que nous croyons à Providence, c’est que cette pandémie va être un problème pendant des années, partout dans le monde, indique Brad Sorenson.

Quand viendra l’approbation finale de Santé Canada, nous aurons un stock de doses prêtes à être utilisées, prêtes avant même l’approbation, de façon à ce que nous puissions les déployer immédiatement, explique M. Sorenson.

Le Canada n’en aura peut-être pas besoin, mais je peux vous dire qu’il y a six, sept, huit milliards de personnes dans le monde qui ont besoin de ces vaccins. Et si le Canada n’en a pas besoin, tant mieux, car il y aura des preneurs. Ce qui est certain, c’est que quelqu’un aura besoin de ces vaccins.

Le meilleur atout de Providence sera son usine de fabrication, selon un expert

Selon Prashant Yadav, professeur affilié à l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD) et conférencier à la Harvard Medical School, il y a certainement de la place pour un fabricant supplémentaire sur le marché, pourvu que Providence choisisse une bonne stratégie.

Les deux vaccins à ARNm coûtent actuellement entre 15 et 20 $ [par dose, NDLR], l’autre autour de 30 $, ce qui rend difficile pour les acheteurs internationaux de penser aux vaccins à ARNm, explique-t-il en entrevue depuis Washington D.C.

Il soulève aussi des questions sur la stratégie de Providence en matière de capacité de production. M. Yadav insiste sur le besoin mondial d’augmenter le volume de fabrication des vaccins, et sur le fait que ce sera la capacité de produire des doses qui sera la véritable valeur de Providence sur le marché mondial.

S’ils mettent en place un grand site de fabrication des vaccins à ARNm, pourquoi le réserver uniquement à ses propres efforts de développement de vaccins?

Prashant Yadav, professeur affilié à l’Institut européen d’administration des affaires (INSEAD) et conférencier à la Harvard Medical School

Si l’approbation de Santé Canada ne débloque pas, l’expert en chaîne d’approvisionnement pharmaceutique propose que les installations de Providence à Calgary soient sous-traitées à Moderna pour qu’elle produise son vaccin ici, au Canada.

Même si son propre candidat ne réussit pas, l’usine de Providence pourrait fabriquer le vaccin Moderna ou Pfizer-BioNTech à grande échelle pour une utilisation au Canada et ailleurs.

AUTEUR: NICOLAS HADDAD

SOURCE: RADIO-CANADA 

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