Défricheur d’énergie verte

6 août 2019

Sa curiosité envers ce sujet se serait toutefois cristallisée plus concrètement lors de sa maîtrise et de son doctorat à l’Université Laval, où il extrayait des molécules avec un potentiel pharmaceutique à partir de biomasse.

« Je me disais que c’était beau d’extraire [ces molécules d’intérêt], mais qu’il y a tout plein de choses qu’on pourrait valoriser aussi. Et pourquoi ne pas aller dans le monde de l’énergie, puisqu’il y a une très grande demande qui est appelée à grandir sans cesse, donc pourquoi ne pas s’intéresser à tout le reste? On pourrait faire tellement plus! »

Pour son postdoctorat en génie chimique, M. Lavoie s’est alors retourné vers l’Université de Sherbrooke, qui selon lui avait déjà une bonne réputation dans la recherche en sciences vertes ainsi qu’un bassin de chercheurs compétents dans le domaine. Une fois ses études terminées, en 2009, il y est resté comme professeur.

De rebut à énergie

Jean-Michel Lavoie définit son équipe et lui comme « des régleurs de problèmes ou des trouveurs de solutions », parce que son laboratoire reçoit toutes sortes de résidus — urbains, agricoles, forestiers – qui sont alors transformés en carburants liquides, solides ou gazeux.

« On interagit beaucoup avec des gens de la région, mais les compagnies viennent nous voir aussi. Souvent, ils arrivent avec un pot Mason ou une chaudière de choses à valoriser et on regarde ce qu’on peut en faire », explique M. Lavoie.

Il lui est ainsi arrivé de travailler avec des matières plus inusitées, comme le caoutchouc extrait de gigantesques pneus industriels usagés. Toutefois, ce sont surtout les différentes formes de résidus de bois qui se font revaloriser dans son laboratoire, le plus souvent pour être transformés en éthanol (un biocarburant liquide), puisque M. Lavoie est titulaire d’une chaire de recherche sur le sujet.

Son expertise l’a mené à travailler notamment avec Cascades ou CelluFuel, toutes deux situées à Kingsey Falls, RéSolve Énergie à Saint-Romain, GreenField global à Varennes, ou encore Enerkem qui est basée à Montréal, mais qui possède des usines à Sherbrooke et Westbury.

Le chercheur a par ailleurs mis à profit ses connaissances lors de consultations pour l’élaboration de normes canadiennes concernant les combustibles propres, en plus de représenter le Canada à la Commission européenne qui se penche sur les mêmes questions.

Labo hors normes

Malgré cette impressionnante feuille de route, Jean-Michel Lavoie est loin de s’asseoir sur ses lauriers, continuant d’enchaîner les projets de recherches et de se lancer de nouveaux défis. Pour lui, c’est l’avancement scientifique qui prime. À preuve : il a même renoncé à baptiser son laboratoire à son nom — une pratique courante en milieu universitaire —, le nommant plutôt « Laboratoire des technologies de la biomasse ».

« Je ne voulais pas que le laboratoire soit relié à mon nom, je voulais qu’il soit indépendant de moi même si j’y travaille et que j’ai une chaire dedans, pour qu’il puisse rester après ma retraite et qu’il reste une référence pour les gens du domaine. C’est une façon de pérenniser les choses, mais c’est aussi parce que j’aimerais éventuellement que d’autres professeurs et d’autres chaires s’ajoutent. Collectivement, on va être capable d’avancer plus rapidement », espère M. Lavoie.

De ce nom de labo, on note d’ailleurs la partie « des technologies », car le chercheur intègre déjà à son équipe des étudiants et professionnels de différentes branches (expertise chimique ou biochimique, mais aussi en génie mécanique, électrique, informatique…) afin de couvrir un plus grand spectre de développement technologique et donc multiplier les possibilités autour du thème de la biomasse.

Même les installations physiques de son laboratoire visent à repousser les limites : ses appareils servent à la fois à développer des méthodes de fabrication de biocarburant et à les tester à plus grande échelle.

« C’est intéressant de créer un procédé à petite échelle, mais c’est important pour l’industrie aussi de savoir ce qui se passe quand on le grossit, parce que ça réduit les risques associés à la production à l’échelle industrielle. Ça rassure nos partenaires, mais ça leur permet aussi d’aller plus rapidement sur le marché — et donc d’être compétitifs au niveau international, parce que le domaine des énergies renouvelables bouge très vite! » résume le professeur.

Repères

Originaire de Québec

Professeur titulaire au Département de génie chimique et biotechnologique de l’UdeS

Titulaire de la Chaire de recherche industrielle sur l’éthanol cellulosique et sur les biocommodités

Consultant pour l’élaboration de la Norme sur les combustibles propres au Canada

Représentant du Canada à la Commission européenne ART (Alternative and Renewable Transport) Fuels Forum

Toujours en couple avec sa « highschool sweetheart »

Source : https://www.latribune.ca/actualites/merite-estrien/defricheur-denergie-verte-898c1bbed0edf129793a1c756572b83c

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