Des vaccins contre la COVID-19 produits à Montréal à partir de 2022

22 juin 2021

Le nouveau laboratoire du Conseil national de recherches du Canada n’a toutefois pas encore reçu sa certification scientifique.

Le tout premier laboratoire canadien qui fabriquera des vaccins contre la COVID-19 est inauguré aujourd’hui à Montréal. La nouvelle usine ne fabriquera pas de vaccins avant le printemps 2022, mais le gouvernement fédéral tenait à souligner l’occasion, pour célébrer cette avancée scientifique, mais aussi pour des raisons politiques.

Le libéral François-Philippe Champagne salue tous les ouvriers sur son passage, lors de notre visite exclusive du nouveau laboratoire du Conseil national de recherches du Canada (CNRC) à Montréal. Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie s’émerveille devant les fioles incassables pour les vaccins. Il s’est presque gelé les doigts dans le congélateur à -80 degrés Celsius où ils seront entreposés.

Il souligne que les investissements de 126 millions de dollars de son gouvernement permettront de fabriquer 24 millions de doses de vaccins par année. C’est ça qu’on n’avait pas au Canada en début de pandémie, lance-t-il. Se tourner vers d’autres pays comportait son lot de problèmes. Vous vous souvenez? Il y a eu des questions de qualité, d’approvisionnement, des questions de délais, certains [observateurs] qui parlaient du nationalisme des vaccins, soutient le ministre.

 

 

Le Canada est quatre fois plus dépendant de l’étranger aujourd’hui qu’il y a 40 ans pour ses produits pharmaceutiques comme les vaccins. Le nouveau laboratoire du CNRC à Montréal est censé être un premier pas afin de corriger la situation.

Le laboratoire a été construit en un temps record, affirme le directeur de projet, André-Pierre Ghys. En général, ça prend entre 30 et 36 mois à construire ce genre de laboratoire, et on l’a fait en 10 mois.

La production réelle de vaccin ne commencera pas avant le printemps prochain, soit bien après la fin de la vaccination de masse. Les doses de Novavax serviront donc pour les doses de rappel, les variants qui vont être différents qui vont demander un vaccin différent, explique M. Ghys.

Le gouvernement enverra également une partie des vaccins de Novavax dans les pays plus pauvres par l’entremise de l’initiative COVAX.

La nouvelle usine de Montréal sera flexible et pourra s’adapter pour la production d’autres types de vaccins à l’avenir, mais pas pour ceux de type ARN messager, comme Moderna ou Pfizer.

Bémols de l’opposition

C’est beaucoup d’argent dans un laboratoire pour une technologie qui est déjà dépassée, lance le député bloquiste Mario Simard. Ça me laisse l’impression que c’est une réaction politique et ce n’est jamais bon si on veut en avoir pour notre argent.

L’autre point de critique pour l’opposition est le fait que le Canada a déjà acheté 52 millions de doses à Novavax, même si les essais cliniques ne sont pas encore terminés.

Est-ce que Novavax va avoir un vaccin qui va être accepté par Santé Canada? demande le député conservateur Pierre Paul-Hus. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Donc, à court et moyen terme, on ne peut pas savoir s’il va y avoir une efficacité directe pour les Canadiens.

Ottawa assure que la nouvelle usine viendra combler un vide dans la production locale de vaccin. Mais à elle seule, ce ne sera pas suffisant pour repositionner le Canada sur la scène internationale, selon le professeur Alain Lamarre, titulaire de la Chaire de recherche Jeanne et J.-Louis Lévesque en immunovirologie.

Ça prend tout l’écosystème autour de l’usine, précise-t-il. Ça passe par de la main-d’œuvre qualifiée, des infrastructures, les investissements pour la recherche pure, les études cliniques. Il y a tout ça à rebâtir.

Atout électoral?

Ottawa a également investi des centaines de millions de dollars dans d’autres projets de production de vaccins au Canada, comme celui de Medicago à Québec, de Precision NanoSystems à Vancouver et de VIDO-InterVac en Saskatchewan. Mais la plupart d’entre eux ne seront pas opérationnels avant encore deux ans.

D’où le désir d’Ottawa, et du ministre François-Philippe Champagne, de souligner à grands traits la construction du laboratoire du CNRC de Montréal. Même si l’édifice doit encore obtenir sa certification scientifique, même si le vaccin de Novavax n’est pas encore homologué par Santé Canada et même si la qualité du produit qui se retrouvera dans les fioles doit encore être testée et approuvée.

Le gouvernement a été critiqué pour ses ratés en début de crise sanitaire. Avec cette nouvelle usine, il veut montrer qu’il est mieux préparé à protéger les Canadiens contre une prochaine pandémie. Et c’est également une façon pour les libéraux de se protéger eux-mêmes des attaques de leurs adversaires en campagne électorale.

AUTEUR: CHRISTIAN NOËL

SOURCE: RADIO-CANADA

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