Effets de la pandémie dans le domaine de la recherche scientifique

19 avril 2021

Le Comité consultatif de la conduite responsable en recherche de l’Université de Montréal se penche sur la question.

En mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé décrète l’état de pandémie. Partout, c’est le branle-bas de combat. En peu de temps, au Québec, l’urgence sanitaire est déclarée et tous doivent faire face à l’inconnu. La recherche scientifique n’est pas épargnée. Projets de recherche ralentis, financement freiné, fermetures de laboratoires: les spécialistes doivent s’adapter à une nouvelle réalité. Rapidement, les chercheurs et chercheuses de l’UdeM modifient leurs façons de travailler et instaurent de nouveaux protocoles. Avec ses 465 unités de recherche, il est important pour l’Université de prendre le pouls de toutes les disciplines. C’est ainsi qu’en novembre Marie-Josée Hébert, vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation, mandate le Comité consultatif de la conduite responsable en recherche (CCCRR) pour qu’il s’interroge sur la manière dont la recherche universitaire est touchée par la pandémie et sur les réponses à apporter dans un tel contexte.

Un des constats du Comité, dans son rapport Pour des activités de recherche responsables en contexte de pandémie, est que la crise sanitaire comporte un risque de fragilisation et de mise en cause de la qualité des activités de recherche. François Duchesneau, président du CCCRR, note que le contexte changeant dans lequel nous vivons représente tout un défi pour les chercheurs et chercheuses. «Ce qui me frappe, c’est à quel point nous sommes obligés de nous adapter rapidement à des changements de situation. Une grande partie de la recherche qui se fait, quelle que soit la discipline, suit les modèles traditionnels, bien établis. Et maintenant, nous devons modifier les méthodes et prendre en compte de nouveaux objets de recherche sous peine d’être complètement marginalisés.»

Si cette rapidité avec laquelle les scientifiques doivent à présent travailler a certainement permis des succès, elle a aussi engendré des ratés. Le rapport Faisons mieux les choses: représentation publique de la science sur la COVID-19 de la Société royale du Canada (SRC) mentionne entre autres que l’acceptation d’un article dans une revue de pairs, à la suite de sa soumission au comité de lecture, ne prend désormais que 6 jours, alors qu’il en fallait en moyenne 100 avant la pandémie. Cela peut parfois entraîner la publication de mauvaises données, de résultats contradictoires et des manchettes exagérées. «On a court-circuité la procédure et accéléré la diffusion de résultats qui n’étaient peut-être pas suffisamment solides. Il y a eu des histoires d’horreur dans la sphère scientifique même, alors imaginez quand on sort du secteur universitaire à quel point les risques sont élevés», dit François Duchesneau, qui s’est penché, avec son comité, sur le rapport de la SRC pour produire celui de l’UdeM.

Public et rôle du chercheur

La diffusion des connaissances scientifiques s’est accrue depuis les débuts de la pandémie. Que ce soit dans les journaux, à la télévision ou à la radio, nombre d’experts sont quotidiennement sollicités par les médias. Cela s’avère un exercice délicat, selon François Duchesneau. Il indique que les chercheuses et chercheurs devraient être prudents lorsqu’ils vulgarisent les informations pour le grand public afin de ne pas nuire à leur intégrité ou à leur réputation. Cela est d’autant plus important que la recherche universitaire est très variée et que les méthodes de travail fluctuent d’un domaine à l’autre. Chaque secteur devrait ainsi s’assurer que la diffusion de l’information est faite de façon judicieuse et pondérée. «Un bon scientifique dans son domaine, que ce soit un chimiste, un biologiste, un anthropologue ou un économiste, est habitué à travailler selon certaines méthodes et est capable de calibrer ce qu’il affirme en fonction des méthodes qu’il utilise. Toutefois, quand il est confronté à un public qui, lui, n’est pas informé parce qu’il ignore ces méthodes, qui sont d’ailleurs très diverses d’un secteur à l’autre, il a le devoir d’expliquer ce qu’il avance en tenant compte de l’indice épistémologique.»

Ainsi, avant d’étaler leurs résultats de recherche sur la place publique, les chercheuses et chercheurs doivent être conscients du fait qu’ils ne maîtrisent pas la façon dont seront utilisées leurs interventions. Entre l’utilisation et l’interprétation des données par les médias, le gouvernement et le public, le rôle des scientifiques est de s’assurer que ce qui est transmis ne comporte pas d’éléments qui pourraient être sur- ou sous-estimés. Afin de mieux s’y préparer, le CCCRR est d’avis qu’une prise de conscience est nécessaire et va même jusqu’à proposer une formation en communication publique.

«La pandémie est un révélateur de problèmes. Oui, la communication scientifique en dehors de la sphère universitaire est extrêmement valorisée en ce moment. Mais lorsqu’on présente une demande de subvention, on nous incite à aller vers le libre accès et en outre à diffuser plus largement les retombées de la recherche dans le public. Le chercheur n’a pas été formé pour ça. S’il y a une leçon à tirer de l’exercice et de la situation que nous avons vécue, c’est de veiller à ce que nos chercheuses et chercheurs, lorsqu’ils ont à s’exprimer sur leurs travaux, c’est-à-dire en dehors de la sphère universitaire, soient outillés et qu’ils connaissent les exigences et les risques de l’opération», souligne François Duchesneau.

Le président du CCCRR signale également qu’un effort devra être fait pour que les disciplines qui ont été mises un peu à l’écart en raison de la pandémie retrouvent leur visibilité une fois que la crise sera dernière nous. S’il est vrai que les organismes subventionnaires priorisent depuis un an les projets en lien avec la COVID-19, il ne faut pas pour autant oublier les autres secteurs de recherche.

 

 

AUTEURE:  STÉPHANIE DESCHAMPS

SOURCE: UDEMNOUVELLES.CA

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