La recherche, la réussite et le travail d’équipe

9 mars 2019
La chercheuse Valérie Langlois entourée de son équipe dans son laboratoire de l’Institut national de la recherche scientifique.
Photo: Laëtitia Boudaud La chercheuse Valérie Langlois entourée de son équipe dans son laboratoire de l’Institut national de la recherche scientifique.

Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

Selon une récente étude de l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU), seulement 30 % des chercheurs sont des femmes à l’échelle mondiale. Même si ce nombre tend à augmenter, nous sommes encore bien loin de la parité. Pourtant, certaines équipes renversent la vapeur et attirent plus de femmes que d’hommes. C’est le cas du laboratoire de Valérie Langlois, chercheuse et professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Originaire du Lac-Saint-Jean, Valérie Langlois a grandi au sein d’une grande famille où évoluaient plusieurs modèles féminins inspirants : « Ma grand-mère maternelle a eu quinze enfants, et elle a démarré elle-même son magasin de vente de prêt-à-porter pour femmes… il y a cinquante ans. Elle lui a donné un nom masculin, la Boutique Michel, car à l’époque, c’était peu commun pour les femmes de se lancer en affaires. Puis ma mère, elle aussi une femme de tête, a pris la relève. La plupart des quinze enfants de ma grand-mère se sont lancés en affaires, alors pour moi, l’entrepreneuriat et la gestion d’équipe, comme c’est le cas en recherche, ça allait de soi », explique d’entrée de jeu la scientifique.

Un parcours exemplaire

Passionnée par les sciences et la biologie, la place que s’est taillée Valérie Langlois à la tête d’un laboratoire avant même d’avoir quarante ans n’a surpris personne. Après une technique en milieu naturel spécialisée en protection de l’environnement au cégep de Saint-Félicien, elle s’exile en Ontario pour un baccalauréat en sciences environnementales, une maîtrise en toxicologie chimique et environnementale, puis un doctorat. Elle réalise ensuite un postdoctorat en remédiation en environnement avant d’être recrutée comme professeure associée au Collège militaire royal du Canada à Kingston. En 2015, elle obtient la Chaire de recherche du Canada en écotoxicogénomique et perturbation endocrinienne, avant de grossir les rangs de l’INRS deux ans plus tard.

La protection de l’environnement avant tout

Son équipe étudie les effets des contaminants qui se retrouvent dans l’environnement et qui ont un impact nocif sur les espèces vertébrées aquatiques. Elle cible principalement les matériaux plastiques, dont les nanoplastiques et phtalates, certains produits pharmaceutiques, les contaminants présents dans la peinture ou encore le bitume dilué, ces derniers étant transportés par les oléoducs et les trains. En 2015, son laboratoire est le premier au monde à tester la toxicité du bitume dilué chez les organismes aquatiques. « Aujourd’hui encore, il y a très peu d’études sur le sujet des déversements en eau douce », soulève Mme Langlois, dont l’équipe a reçu plus de 5,5 millions de dollars en subventions de recherche jusqu’à maintenant.

Mentore plutôt que professeure

Lorsqu’elle recrute les étudiants qui franchiront la porte de son laboratoire, elle recherche avant tout la passion : « Les doctorants travailleront sur un même sujet pendant quatre ou cinq ans », prévient la chercheuse. Pour les soutenir dans ce long parcours, elle préfère une approche personnalisée et compte sur son intuition pour adapter ses méthodes d’enseignement : « Je veux qu’ils se dépassent et s’épanouissent selon leurs propres objectifs, précise-t-elle. J’essaie de les guider plutôt que d’entretenir une relation hiérarchique. Au-delà des compétences théoriques, je mise aussi sur le développement des compétences transversales. À ce titre, mon directeur de doctorat, Vance Trudeau, m’a toujours soutenue, encouragée. Il a cru en moi, et c’est à mon tour de faire de même avec mes étudiants. » Cette approche semble porter ses fruits puisque encore tout récemment, trois doctorantes supervisées par la professeure Langlois remportaient les honneurs lors de la 33e édition de la Gananoque Environmental Sciences and Engineering Conference.

 Mon rôle est d’inspirer la prochaine génération de chercheurs

La place des femmes en sciences

Contrairement à bien d’autres laboratoires, son équipe compte 70 % de femmes. Devant ce chiffre encourageant, elle ne cache pas que combiner sciences et vie de famille demeure un réel défi. « Dans la carrière d’un professeur, les deux ou trois premières années sont certainement les plus exigeantes. Et pour les femmes, cela coïncide souvent avec la période où elles songent à fonder une famille. Malheureusement, les deux réalités fonctionnent difficilement ensemble », soulève celle qui est aussi mère de deux jeunes enfants.

Malgré cela, les étudiantes qui l’abordent la remercient de démontrer par ses actions que c’est possible d’être à la fois une femme et une mère, tout en faisant avancer la science. « Dans la génération qui me précède, on a vu plusieurs femmes réussir en science, se souvient la chercheuse. Elles sont devenues des modèles féminins inspirants. Aujourd’hui, le mur est tombé. La prochaine étape est sans doute de démontrer que l’on peut également avoir des enfants et une vie de famille équilibrée. »

Un futur tourné vers la relève

Valérie Langlois a reçu de nombreux prix et distinctions en carrière, dont, récemment, le prix Jeune diplômée de l’Université d’Ottawa, qui rend hommage à un chercheur ayant apporté une contribution remarquable dans son domaine d’activité, ainsi que le prestigieux prix Gorbman-Bern, décerné à un jeune chercheur par la North American Society For Comparative Endocrinology (NASCE).

Elle a également supervisé quatre-vingt-dix étudiants au baccalauréat, à la maîtrise et au doctorat en plus d’avoir été invitée à de nombreux séminaires nationaux et internationaux et d’avoir publié au-delà d’une cinquantaine d’articles scientifiques. À 39 ans, Valérie Langlois possède une feuille de route impressionnante, et ses aspirations professionnelles pourraient être sans limites. Pourtant, l’objectif à atteindre demeure à l’échelle humaine : « Mon rôle est d’inspirer la prochaine génération de chercheurs, indique-t-elle. Je veux continuer à contribuer à la relève. Je forme la prochaine génération de chercheurs, que j’espère encore meilleure que moi. C’est un honneur d’être aux premières loges de cette évolution. »

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