La vente d’une société québécoise pour 1,7 milliard $ profitera peu ici

4 mars 2019

Une pharmaceutique montréalaise méconnue a réalisé un coup fumant lundi en acceptant une offre d’achat milliardaire. Malheureusement, peu d’actionnaires québécois en profiteront.

Le groupe français Ipsen versera jusqu’à 1,3 milliard $ US (1,7 G$ CA) pour Clementia Pharmaceuticals, une entreprise fondée à la fin de 2010 par Clarissa Desjardins.

Clementia détient les droits sur le palovarotène, un médicament qui ralentit la progression de la fibrodysplasie ossifiante progressive (FOP). Cette maladie rare, qui touche environ 9000 personnes dans le monde, transforme les muscles en os. L’espérance de vie de ceux qui en souffrent est d’environ 40 ans.

Une prison d’os

« Les patients forment de plus en plus d’os jusqu’à ce qu’ils soient enfermés dans un deuxième squelette, explique Mme Desjardins au Journal. Ça devient une prison d’os. »

La molécule appartenait auparavant au géant suisse Roche, qui avait échoué à en faire un médicament pour traiter une maladie pulmonaire. C’est en lisant un article scientifique que Clarissa Desjardins a vu le potentiel du produit pour lutter contre la FOP.

En 2014, Clementia a commencé ses essais cliniques. Quand elle est entrée en bourse, au Nasdaq, en août 2017, l’entreprise valait déjà un demi-milliard de dollars US !

En mai 2018, des résultats cliniques mal accueillis par certains investisseurs ont fait plonger l’action de Clementia de 20 %. Mais en octobre, le titre a rebondi de 40 % lorsque la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a ouvert la voie à une approbation du palovarotène.

« Ç’a fait en sorte qu’on a attiré l’intérêt de multinationales comme Ipsen », raconte Mme Desjardins. Selon elle, les probabilités que le médicament soit commercialisé s’élèvent maintenant à 90 %.

La dirigeante assure qu’elle aurait préféré que Clementia se rende jusqu’à la phase de mise en marché. Mais elle se console avec la promesse faite par Ipsen de « garder intacte l’équipe de Montréal », qui compte une trentaine de personnes.

L’action de Clementia a bondi de 74 % lundi au Nasdaq pour clôturer à 26,06 $ US, soit légèrement au-dessus des 25 $ US offerts par Ipsen avant les bonifications qui viendront si le palovarotène est approuvé par la FDA.

La Caisse pas intéressée

Au Canada, seuls la Banque de développement du Canada (BDC), le Fonds de solidarité FTQ et la firme Sectoral bénéficieront de la manne à titre d’actionnaires de Clementia. La BDC détient environ 15 % de Clementia, une participation qui vaut aujourd’hui 143 millions $.

La Caisse de dépôt et placement n’a jamais voulu investir dans l’entreprise. « C’est dommage, glisse Clarissa Desjardins. J’aurais souhaité avoir plus d’actionnaires québécois. »

Le fonds montréalais CTI, spécialisé dans les sciences de la vie, est aussi absent. « La Caisse n’investit quasiment plus en sciences de la vie, c’est un gros défi auquel on fait face », constate Frank Béraud, PDG de Montréal InVivo.

« Si de gros joueurs comme la Caisse, OMERS et Teachers se mettaient ensemble pour créer un fonds de financement tardif en sciences de la vie, je pense qu’ils auraient de bons rendements et on perdrait moins de sièges sociaux », ajoute-t-il.

Clementia Pharmaceuticals en bref

Fondation : 2010

Employés : Environ 50, dont une trentaine à Montréal et une dizaine à Boston

Principaux actionnaires : Orbimed (New York), BDC (Montréal)

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