Opinion: Le privé pour aider à la formation pratique des scientifiques

1 février 2021

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a dévoilé un nouveau programme de tutorat la semaine dernière. Cette initiative, fort louable, répond à un besoin criant des élèves et étudiants en difficulté. Cependant, ce programme n’arrivera pas à combler une lacune qui risque de devenir une crise à terme : la formation de nos futurs scientifiques et ingénieurs.

Les cours de sciences et technologies, à tous les niveaux, sont les plus durement touchés par la pandémie. Dépourvus de travaux pratiques et d’accès aux laboratoires, les étudiants et élèves doivent se contenter d’une formation très théorique, et souvent à distance. Les travaux de laboratoire ou de terrain sont remplacés par des simulations sur ordinateur ou, pire, une capsule vidéo sur YouTube.

Cette formation scientifique tronquée commence déjà à laisser des séquelles chez certains finissants qui n’ont pas acquis certaines compétences et notions de base.

Nous, le secteur privé, sommes en mesure de combler cette lacune en prenant ces élèves et étudiants sous nos ailes et en leur offrant une expérience pratique en les impliquant directement dans nos activités de recherche, développement et production – tout en respectant les consignes sanitaires.

La pandémie a mis en avant non seulement le travail héroïque du personnel soignant de première ligne, mais aussi des scientifiques et ingénieurs qui travaillent d’arrache-pied pour sortir des produits pertinents en un temps record – que ce soit des vaccins, des respirateurs ou des appareils électroniques pour assurer la distanciation physique.

Un maillage études-travail permettrait non seulement aux élèves et étudiants de contribuer à la lutte contre la pandémie, mais aussi de réimaginer une formation de la relève scientifique et technique pour le XXIe siècle, axée sur la réalité post-COVID-19.

Le Québec est bien placé pour prendre ce virage. Les programmes « coop » ou « études-travail » qui combinent des cours théoriques avec des stages ciblés dans l’industrie sont de plus en plus populaires – le programme de l’Université de Sherbrooke étant une référence mondiale en la matière.

Par ailleurs, le Québec est doté de chefs de file dans les domaines de pointe comme Optel en traçabilité, Kinova en robotique, B-Temia en biomécatronique ou encore Medicago, qui mène la course pour un vaccin canadien contre la COVID-19. Ces entreprises, bien qu’étant déjà des lieux de stage exceptionnels, pourraient l’être davantage en temps de crise.

À titre d’exemple d’un tel programme, notre société Bioastra a conçu son programme de travail-études en collaboration avec l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Notre programme, baptisé « Sangam », un mot en sanskrit qui veut dire « Confluence », se vante déjà d’une première vedette : Ève Lambert-Fliszar, étudiante à la maîtrise à l’INRS et âgée de seulement 23 ans, mène à la fois des recherches fondamentales pour comprendre les propriétés électriques des couches antivirales et la commercialisation d’un masque électroactif et biodégradable contre la COVID-19.

Imaginons les possibilités pour notre relève si nous rassemblions nos forces : secteur public et privé, entreprises et écoles, recherche académique et industrielle, afin de créer un nouveau modèle d’éducation expérientielle adapté à une nouvelle réalité post-COVID-19.

Un vrai Sangam pour notre avenir.

AUTEUR: SUMITRA RAJAGOPALAN

SOURCE: LA PRESSE+

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