Les leçons de la pandémie en biopharmaceutique : Agilité, occasions, leçons & emplois

27 avril 2021

Plusieurs prétendaient qu’il fallait croire au miracle pour penser que, à peine un an après le début de la pandémie, on serait en pleine période de vaccination. Et pourtant, nous y sommes.

« Bien qu’il s’agit d’une réussite phénoménale, pour nous, ce ne fut pas un miracle », dit Frank Béraud, président et directeur général de Montréal InVivo, la grappe des sciences de la vie et des technologies de la santé (SVTS) du Grand Montréal. Le secteur s’appuyait sur des années de travail et les agences réglementaires ont collaboré en fournissant les données en temps réel au lieu d’attendre la fin des tests. Ainsi, tout en demeurant aussi rigoureux, le processus est devenu beaucoup plus fluide, explique-t-il. « La lourdeur des processus de la Food and Drug Administration [FDA] aux États-Unis et de Santé Canada était bien connue. Mais elle a pu être contournée, et nul doute que l’on aimerait que cela se poursuive », dit Frank Béraud.

On a aussi assisté à une grande concertation entre les entreprises, note-t-il. Il ne faut pas se le cacher, ce sont la rapidité et l’efficacité de l’industrie pharmaceutique et des sciences de la vie à produire un vaccin qui permettront maintenant la relance économique, poursuit le PDG de Montréal InVivo. « Si l’on veut aller de l’avant, il faut investir dans la recherche en santé », dit-il haut et fort.

DES OCCASIONS

Pour certaines biotechs québécoises, la pandémie aura créé des occasions intéressantes.

Ce fut le cas de la biotech Laurent Pharmaceuticals de Montréal, explique Yves Roscani, président du conseil d’administration de l’entreprise. Elle s’affairait à développer un médicament anti-inflammatoire puissant pour les patients atteints de fibrose kystique. Comme il s’agit d’une maladie grave qui affecte surtout le système respiratoire, on s’est dit que l’étude pourrait aussi s’étendre au traitement de la COVID-19.

La biotech de Montréal a profité de l’intérêt pour tout ce qui entoure la COVID-19 pour obtenir le financement nécessaire et lancer l’étude. Elle pourrait donc compter d’ici peu sur deux découvertes importantes plutôt qu’une.

UNE ERREUR QUE L’ON NE RÉPÈTE PAS

La pandémie a aussi fourni de bonnes leçons, ajoute Anie Perreault, directrice générale de BioQuébec, organisme qui se présente comme le lobby de l’industrie auprès du gouvernement. Entre autres, lors de l’annonce du premier confinement à la mi-mars 2020, parmi les mesures de sécurité, le gouvernement a donné l’ordre de fermer les laboratoires universitaires. On voulait protéger la population et les travailleurs de l’industrie.

« Cela a causé une onde de choc, et une certaine panique dans l’industrie, car la recherche ne n’arrête pas facilement, en plus d’être très difficile à redémarrer », dit-elle. Heureusement, l’arrêt n’a duré que quelques mois, et lors du deuxième confinement en janvier dernier, le gouvernement n’a pas commis la même erreur.

La pandémie a aussi permis de faire voir comment le Québec est très fort en recherche préclinique, ajoute Mme Perreault.

« Dans le développement d’au moins cinq vaccins, les développeurs ont fait appel aux compétences québécoises durant la phase préclinique. »

— Anie Perreault, directrice générale de BioQuébec

DE NOUVEAUX EMPLOIS

Au chapitre de l’emploi, la pandémie a exacerbé un problème de rareté qui existait déjà, explique Kim Bourgeois, directrice, Pharmabio Développement, le Comité sectoriel de main-d’œuvre des industries des produits pharmaceutiques et biotechnologiques du Québec.

Depuis que quatre grandes pharmaceutiques ont déplacé leurs activités de recherche en 2014, le secteur n’a pas bonne presse auprès des étudiants potentiels. Une certaine rareté de personnel existait donc avant l’arrivée de la COVID-19. Avec l’accélération de la recherche qu’a entraînée la pandémie, on s’affaire maintenant à combler le manque. Avant la pandémie, on estimait qu’il fallait créer 2250 nouveaux emplois au cours des deux ou trois prochaines années. On a révisé ce chiffre à 2700, indique Kim Bourgeois.

AUTEUR: JEAN GAGNON, COLLABORATION SPÉCIALE

SOURCE: LA PRESSE

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