Les pharmas québécoises en quête d’investisseurs prêts à tout risquer

4 mars 2019
Sylvain Larocque
La vente de la start-up montréalaise Clementia pour 1,7 G$, la semaine dernière, a attiré l’attention sur le secteur québécois des sciences de la vie, qui souffre encore de la faiblesse des investissements en recherche et développement (R&D).

En 2007, les dépenses en R&D pharmaceutique étaient pratiquement les mêmes au Québec et en Ontario, soit environ 565 M$. En 2017, elles atteignaient 410 M$ en Ontario et à peine 283 M$ au Québec. Pas de doute, la fermeture des labos des grandes pharmaceutiques comme Merck continue de faire mal.

La croissance des entreprises de technologies médicales (équipements) et des sous-traitants de fabrication de médicaments a toutefois permis au nombre d’emplois de demeurer stable dans le secteur québécois des sciences de la vie à environ 31 000.

Didier Leconte. Fonds de solidarité FTQ

Photo courtoisie, Fonds de solidarité FTQ
Didier Leconte. Fonds de solidarité FTQ

« La perte des grands centres de recherche pharmaceutiques a vraiment créé un gros vide économique, mais il en est résulté un meilleur accès à des talents en développement de médicaments reconnus mondialement », explique Didier Leconte, le vice-président responsable des sciences de la vie au Fonds de solidarité FTQ.

Plusieurs de ces chercheurs travaillent aujourd’hui dans des entreprises émergentes financées par des fonds de capital de risque qui sont de plus en plus présents au Québec, y compris plusieurs issus de l’étranger.

Bond du capital de risque

En 2016, l’industrie québécoise des sciences de la vie a ainsi recueilli plus de 315 M$ en investissements provenant de capital de risque, soit 43 % du total canadien, contre à peine 49 M$ en 2013 (ce qui représentait 18 % du total canadien).

« Au Canada, le capital de risque en sciences de la vie, c’est au Québec que ça se passe », se réjouit Frank Béraud, PDG de Montréal InVivo.

Jacques Bernier, qui est associé principal chez Teralys Capital, dont le tiers des activités est en sciences de la vie, affirme que le côté entrepreneurial fait malheureusement souvent défaut chez les chercheurs québécois.

Photo courtoisie
Jacques Bernier, qui est associé principal chez Teralys Capital, dont le tiers des activités est en sciences de la vie, affirme que le côté entrepreneurial fait malheureusement souvent défaut chez les chercheurs québécois.

« Ce n’est pas l’argent qui manque au Québec, ni les idées, mais souvent le côté entrepreneurial chez les chercheurs », constate Jacques Bernier, associé principal chez Teralys Capital, dont le tiers des activités est en sciences de la vie.

Transactions payantes

Ni Teralys ni le Fonds FTQ ne dévoilent leurs résultats précis en sciences de la vie. Mais à long terme, les investissements dans le secteur génèrent habituellement des rendements annuels de l’ordre de 15 %.

« On ne nous permettrait sans doute pas de déployer autant de capital si c’était au détriment du rendement », affirme M. Leconte. Le Fonds FTQ a actuellement des investissements d’environ 500 M$ en sciences de la vie, soit un peu plus de 3 % de son actif total.

Notons que le Fonds FTQ a fortement profité de la vente à prix d’or d’entreprises comme Clementia, Enobia, ViroChem et Medicago.

« Notre rêve, ça reste toujours d’en transformer une [start-up] en entreprise opérante qui développerait son médicament, le ferait approuver et le commercialiserait », assure néanmoins Didier Leconte.

31 000 emplois en sciences de la vie au Québec

  • 21 % technologies médicales
  • 20 % pharmaceutiques innovantes
  • 19 % sous-traitants de fabrication
  • 18 % technologies en santé
  • 13 % sous-traitants de recherche
  • 7 % produits naturels
  • 2 % biotechnologies

Source : Montréal InVivo (données pour 2016)

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