L’IA propulse les sciences de la vie

27 avril 2021

Comme nous l’avions prédit en début d’année, l’apprentissage automatique se focalise sur la biologie et la santé afin d’accélérer les découvertes. Il semble que le financement soit au rendez-vous pour des jeunes pousses facilitant cette transformation en entreprise.

C’était le cas cette semaine pour My Intelligent Machines (MIMs), dirigée par Sarah Jenna. Après les deux premières tranches de près de 3 millions de dollars de financement d’amorçage en 2019, My Intelligent Machines a complété son financement de démarrage avec 5 millions $ supplémentaires.

Les capitaux seront utilisés pour soutenir l’expansion de l’entreprise sur les marchés nord-américain et européen, ainsi que pour embaucher des talents pour livrer des projets novateurs aux de grandes sociétés pharmaceutiques et des hôpitaux.

L’entreprise a un projet en lien avec la Covid19 au CHUM et d’autres projets en oncologie avec l’IR-CUSM (McGill) et l’Hôpital juif de Montréal.

Fondé à Montréal en 2016, MIMs développe et commercialise des logiciels solutions SaaS (Software-as-a-Service) destinées aux secteurs pharmaceutique et biotechnologique.

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE AUGMENTÉE

L’IA joue un rôle dans la découverte de médicaments depuis quelques années. Il existe une panoplie de données existantes ou à être recueillies pour mieux comprendre les maladies.

Alors que les solutions conventionnelles en IA fonctionnent typiquement comme des « boîtes noires », les solutions logicielles de My Intelligent Machines travaillent en synergie avec les chercheurs en sciences de la vie pour expliquer les résultats.

Ces systèmes d’intelligence artificielle augmentée sont interactifs et apportent une réelle synergie entre la machine et l’humain. De plus, les équipes de recherche peuvent simuler précisément la biologie humaine avant que des montants et des risques importants soient en jeu lors du développement clinique avancé, comme c’est le cas actuellement.

En d’autres mots, au lieu de développer le médicament pour ensuite espérer trouver une large population de patients pour le médicament. Il est maintenant possible de partir de patients, de mieux les classifier en suivant une foule de paramètres vitaux pour obtenir une cible thérapeutique et ensuite développer le meilleur remède.

« L’approche en biologie des systèmes basée sur l’IA injecte de la médecine de précision très tôt dans le processus de découverte de médicament. Nous pouvons fournir une meilleure compréhension de l’hétérogénéité des patients, tant au niveau de la maladie que de la réponse au traitement », explique Sarah Jenna, PhD, cofondatrice et PDG de My Intelligent Machines.

L’hétérogénéité, c’est le mécanisme biologique ou les dispositions naturelles qui sont propres à chaque personne. C’est ce qui fait qu’un patient peut attraper la Covid-19, par exemple, et rester asymptomatique ou en mourir rapidement.

VALEUR AJOUTÉE

« L’utilisation des logiciels MIMs peut réduire les coûts de développement d’un médicament jusqu’à 500 millions de dollars » – Sarah Jenna, PhD, cofondatrice et PDG de My Intelligent Machines.

L’identification de patients ou de sous-groupes au sein d’une population est essentielle pour permettre la médecine personnalisée. Les techniques avancées d’intelligence artificielle permettent aux scientifiques de la vie d’y parvenir efficacement et à grande échelle, même s’ils n’ont pas d’expertise en science des données.

Les algorithmes de MIMs s’appuient sur des outils d’IA à code ouvert (open source) permettant de déterminer plus rapidement comment se comportent certaines molécules lorsqu’elles sont confrontées à un virus ou à une bactérie.

« Notre plateforme permet l’identification de cibles médicamenteuses avec une efficacité accrue, la priorisation d’indications aux stades précliniques et la diminution du taux d’échec en essais cliniques. Ceci conduit souvent à une approbation de mise en marché plus rapide », poursuit-elle. 

À la fin de 2020, MIMs a reçu le prix Red Herring’s qui la classe parmi les 100 entreprises privées nord-américaines les plus prometteuses.

FINANCEMENT

Cette ronde de financement conduite par MEDTEQ+ et StandUp Ventures (avec la participation de Desjardins Capital, Anges Québec, Anges Québec Capital et Real Ventures) permettra à MIMs de tripler sa taille.

« Il y a un appétit grandissant de la part de plusieurs joueurs de l’industrie pharmaceutique pour la solution de MIMs basée sur l’IA », déclare Robert Ritlop, directeur, investissements chez MEDTEQ+.

Maintenant que leur solution a été implanté chez un client privé d’importance à l’internationale, l’entreprise vise une expansion en dehors du Québec. L’entreprise compte intensifier ses opérations et se concentrer sur des opportunités de développement en oncologie, en immunologie et contre la COVID-19.

L’ENTREPRENEURIAT FÉMININ

Les entreprises dirigées par des femmes se font rares en IA (moins de 3%). Nous avions d’ailleurs réalisé un entretien, en décembre dernier, avec la PDG Sarah Jenna au sujet de la place des femmes à la haute direction des entreprises en IA. Assurément, un article à relire! 

Une autre entreprise dirigée par des femmes se démarque en ce moment dans les Sciences de la vie, il s’agit de aifred. L’entreprise issue du programme d’accélération MedTech du Centech et Startup en résidence de Desjardins Lab a reçu 4 millions $ en financement de démarrage au mois de décembre 2020.

Sa dirigeante confirme la difficulté de lever des fonds privés, en tant que femme, malgré un secteur de la santé en pleine effervescence.

« C’est beaucoup plus difficile de soulever des fonds privés pour les femmes. La plupart des investisseurs sont masculins et le biais des humains amène souvent à choisir des personnes qui leur ressemblent ou qui leur font penser à eux lorsqu’ils étaient plus jeunes. » – Sonia Israël, cofondatrice et v-p du financement stratégique

« Nous avons reçu un fonds substantiel de Women in technology géré par la BDC. Mais disons qu’en général, les conditions pour y accéder sont très restrictives. Les fonds dédiés aux femmes sont souvent minimes et conçus pour bien paraitre », déplore-t-elle.

AUTRES ENTREPRISES À SURVEILLER

Il y a au moins deux autres entreprises à forte progression dans le secteur des Sciences de la vie et du développement de médicaments, en ce moment à Montréal. Nous essayerons d’en parler au cours des prochaines semaines.

Immune Biosolution : dirigé par Frédéric Leduc, cette entreprise vient de recevoir 14 M$ du Fonds stratégique pour l’innovation (FSI) du gouvernement du Canada pour développer et biofabriquer son immunothérapie et traiter la COVID-19 et ses variants. IBio a développé une expertise dans la conception d’antigènes intelligents.

Valence Discovery (ancien InVivo AI) : codirigé par Valence Dubois, cette entreprise aide les entreprises à concevoir des médicaments en utilisant des technologies de pointe développées à Mila et vient d’ouvrir un bureau à Boston.

CONCLUSION

L’industrie québécoise des sciences de la vie se relèvera-t-elle enfin de la fermeture de plusieurs centres de recherche des géants pharmaceutiques tels que Pfizer, Merck et GlaxoSmithKline, il y a une dizaine d’années?

Les entreprises en démarrage prennent tranquillement le relais… mais ça risque d’être plus long.

Comme en fait foi l’actuelle pandémie, nos différents paliers de gouvernement ont tout intérêt à favoriser le soutien sectoriel incluant la relève et l’intégration de l’intelligence artificielle au cours des prochaines années.

AUTEURE: NATHALIE DANSEREAU

SOURCE: CSCIENCE.CA

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