On a encore besoin d’un vaccin « Made in Québec »

24 mai 2021

On vous entend déjà vous exclamer : ces gens arrivent bien tard à la fête !

Les vaccins de Pfizer et de Moderna coulent à flots dans les bras. Les terrasses rouvriront dans quelques jours. La marinade des brochettes pour le premier BBQ entre amis est déjà choisie.

Quel intérêt pour un éventuel vaccin « made in Québec » qui, si tout va pour le mieux, franchirait le fil d’arrivée au début de l’automne ?

Il y a, en fait, une foule de raisons de souhaiter que ces efforts de recherche se poursuivent et aboutissent.

Alors qu’à peine 10 % de la population mondiale a reçu au moins une dose de vaccin, il manque encore des milliards de doses sur la planète. Après que le Canada eut été accusé de s’approprier des vaccins de l’initiative internationale COVAX, il serait réjouissant qu’il puisse fournir des doses aux pays sous-vaccinés ;

Les Québécois et les Canadiens auront peut-être eux-mêmes besoin de doses de rappel contre la COVID-19 ;

Mettre au point des vaccins contre la COVID-19 est l’un des plus grands projets scientifiques de notre époque. Pour les Québécois impliqués, y participer génère une expérience comparable à celle que le jeune joueur du Canadien Nick Suzuki est en train d’acquérir en participant aux séries éliminatoires, qu’il gagne la Coupe Stanley ou non ;

Ce projet témoigne de l’excellence scientifique du Québec. Il est aussi l’illustration parfaite de l’importance de financer la recherche à tous les stades de son développement ;

Les efforts en cours préparent le Québec à la prochaine pandémie.

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Il y a un an à peine, nous pensions qu’il faudrait de 8 à 10 ans pour produire un vaccin contre la COVID-19. Dire que Medicago est aujourd’hui « en retard » est donc mal avisé.

L’entreprise a annoncé la semaine dernière ses résultats de phase II. Son vaccin expérimental n’a provoqué aucun effet secondaire grave. Et quand on regarde dans le sang des patients, il semble générer une réponse immunitaire comparable à celle des vaccins aujourd’hui commercialisés. C’est encourageant.

Il reste à vérifier, dans la vraie vie, si le vaccin empêche de contracter la COVID-19. Pour ça, il faut l’administrer à des milliers de participants, puis comparer le nombre d’infections avec un groupe contrôle. La démonstration sera tout sauf facile pour Medicago. En passant devant, les Pfizer, Moderna et autres AstraZeneca ont rendu le chemin beaucoup plus cahoteux pour ceux qui suivent.

Dans de nombreux pays, la vaccination est si avancée qu’il est devenu pratiquement impossible d’y mener des tests. Medicago a dû changer ses plans et recrute maintenant des participants au Brésil et au Mexique, notamment.

Il est sain de se demander si Medicago aurait pu arriver plus tôt dans cette course. Le nerf de la guerre, ici, ce sont les ressources.

Québec a financé Medicago au tout début de la pandémie, mais seulement à hauteur de 7 millions. Le fédéral a débloqué 173 millions, mais en octobre dernier. Aurait-on pu faire plus, et plus tôt ? Peut-être. Mais il faut reconnaître qu’il est plus risqué de miser sur une petite entreprise comme Medicago que sur une multinationale comme Johnson & Johnson.

On ne refera pas le passé, mais on peut construire l’avenir. L’entreprise, qui possède déjà une usine en Caroline du Nord, en érige actuellement une deuxième, beaucoup plus grande, à Québec. En 2023, elle pourra y produire entre un demi-milliard et un milliard de doses de vaccin par année. Des vaccins qui pousseront… dans des plantes, une technologie unique.

Cette usine nous placera en bien meilleure position lorsque la prochaine pandémie frappera. En attendant, chaque démonstration de savoir-faire de Medicago représente aussi une étape clé de notre préparation. Et tant mieux si ces efforts peuvent aider à la crise actuelle – qui, quoi qu’on en pense, est loin d’être terminée.

AUTEUR : PHILIPPE MERCURE

SOURCE: LA PRESSE

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