Ottawa investit 27 millions dans la recherche sur le coronavirus

7 mars 2020

Des subventions fédérales de recherche d’urgence sur le coronavirus totalisant 20 millions de dollars ont été annoncées vendredi à Montréal. Six des quarante-sept équipes choisies sont québécoises. Le défi du diagnostic rapide fait partie des enjeux.

S’ajoutant à une somme de 7 millions déjà annoncée, ce programme de deux ans financera 47 projets dans les domaines médicaux et sociopsychologiques. Les priorités de ce concours ont été fixées après une rencontre à la mi-février à l’Organisation mondiale de la santé, en Suisse, d’un groupe de préparation aux pandémies, dont la vice-présidente est Charu Kaushic, directrice scientifique de la division de l’infection et de l’immunité des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

« Des recherches ont été financées sur la transmission et la source du coronavirus, les outils diagnostiques, la prise en charge des patients et les vaccins », explique en entrevue téléphonique la Dre Kaushic.

L’annonce a été faite par Patty Hajdu, ministre fédérale de la Santé. Sur les 27 millions, 4 millions vont aux six projets québécois. « Et s’il faut davantage de ressources, on va en donner », a affirmé à ses côtés le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Navdeep Bains.

Diagnostic rapide

« On a pu séquencer le virus rapidement et donc mettre au point des tests diagnostiques, dit la Dre Kaushic. Mais dans plusieurs pays, il y a eu des problèmes de standardisation et de mauvaise qualité des agents réactifs [molécules utilisées pour les réactions chimiques dans les tests diagnostiques]. Les agents réactifs ne se sont pas comportés comme prévu non plus aux États-Unis. Au Canada, par contre, on a moins ce genre de problèmes. »

Les recherches financées par les IRSC dans le domaine diagnostique portent surtout sur le séquençage rapide et sur les procédés portables, c’est-à-dire des tests qu’il est possible de faire dans une clinique médicale plutôt que dans un laboratoire de microbiologie.

« En Chine, il y a eu un problème de capacité diagnostique, dit la Dre Kaushic. Si on peut augmenter le rythme à 3000 diagnostics toutes les deux heures, ça va aider. »

« Il faut aussi avoir des tests qui vont pouvoir être utilisés directement en clinique, particulièrement dans les pays ayant des systèmes de santé moins robustes. »

— La Dre Charu Kaushic

Cette semaine, le magazine The Scientist rapportait qu’aux États-Unis, les tests diagnostiques pour le COVID-19 sont beaucoup plus centralisés que pour les autres virus. Au moment de publier, Santé Canada n’avait pas indiqué à La Presse combien de laboratoires de microbiologie pouvaient utiliser les tests pour le COVID-19.

Quant aux recherches sociopsychologiques financées, elles visent à mieux informer la population et à comprendre comment elle réagit à l’épidémie, ainsi qu’à lutter contre « la peur, la désinformation et la stigmatisation ». Une équipe de l’Université d’Ottawa par exemple étudiera si les conséquences psychosociales sont différentes chez les hommes et les femmes, alors qu’une autre de l’Université Wilfrid-Laurier, à Waterloo, examinera l’impact de l’épidémie sur l’accès à la nourriture et son commerce en Chine.

Les projets québécois

• Développer un antiviral basé sur l’activité d’une molécule appelée protéase sur la surface des cellules humaines (Université de Sherbrooke)

• Comprendre la pathogenèse du COVID-19, plus précisément sa capacité inflammatoire par rapport à deux autres coronavirus, le SRAS et le MERS (Université Laval)

• Développer des vaccins et des anticorps monoclonaux avec les entreprises Medicago et Inovio (Université Laval)

• Développer un vaccin à base de nanoparticules contre le SRAS, qui serait efficace contre les autres coronavirus (Université Laval)

• Étudier la réponse canadienne au COVID-19 et son leadership mondial (Institut de recherche Bruyère)

• Étudier les réponses du public et des autorités de santé publique en analysant les médias électroniques sur l’internet à l’aide de l’intelligence artificielle (Université McGill)

californie

21 personnes infectées sur le Grand Princess

Les tests réalisés jeudi ont confirmé la présence du COVID-19 chez 21 personnes malades à bord du Grand Princess, bateau de croisière au large de San Francisco. Parmi elles, 19 sont des membres de l’équipage. Les quelque 3500 personnes à bord sont isolées les unes des autres et seront toutes testées pour le coronavirus. Un couple d’Ontariens qui a séjourné sur ce même bateau à la mi-février et une troisième personne ont aussi reçu un test positif au Canada. À Toronto, un nouveau patient a reçu un diagnostic de COVID-19 vendredi. L’homme dans la quarantaine est allé à Las Vegas récemment et a utilisé les transports en commun dans la métropole canadienne pendant plusieurs jours. En Ontario, le nombre de cas est monté à 28. On compte 54 cas probables ou confirmés à l’échelle du pays. En Europe, l’Espagne a vu un bond de plus de 100 à 374 cas d’infection au coronavirus, avec 5 morts vendredi. Du côté de la Chine, le bilan s’est alourdi de 28 nouveaux décès liés à l’épidémie, portant le total à 3070 morts. Dans le monde, le nombre de personnes contaminées a dépassé 100 000.

— D’après l’Agence France-Presse et La Presse canadienne

Source La Presse+

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