Pfizer et BioNTech annoncent un vaccin contre la COVID-19 efficace à plus de 90 %

9 novembre 2020

Un vaccin développé par Pfizer et BioNTech est « efficace » à plus de 90 % pour prévenir les infections à la COVID-19, selon l’essai à grande échelle de phase 3 en cours, dernière étape avant une demande d’homologation, ont conjointement annoncé lundi ces sociétés.

La protection des patients a été obtenue 7 jours après la deuxième des deux doses et 28 jours après la première, selon les résultats préliminaires.

Plus de huit mois après le début de la pire pandémie en plus d’un siècle, nous pensons que cette étape représente un pas en avant significatif pour le monde dans notre bataille contre la COVID-19, a déclaré le président-directeur général de Pfizer, Albert Bourla, dans un communiqué.

Le premier ensemble de résultats de notre essai de vaccin COVID-19 de phase 3 fournit la preuve initiale de la capacité de notre vaccin à prévenir la COVID-19.

Albert Bourla, PDG de Pfizer

Le géant pharmaceutique américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech sont les premiers à présenter des résultats positifs pour un essai clinique à grande échelle d’un vaccin contre le nouveau coronavirus.

Les deux entreprises ont déclaré qu’elles n’avaient jusqu’à présent constaté aucun problème sérieux de sécurité pour le vaccin candidat et qu’elles comptaient demander aux États-Unis une autorisation d’utilisation d’urgence dans le courant du mois.

L’annonce marque une avancée majeure dans la lutte contre la pandémie, qui a tué plus d’un million de personnes à travers le monde.

Électrisés par cette annonce d’un vaccin efficace, les marchés boursiers nord-américains ont ouvert en forte hausse, faisant notamment bondir les titres des secteurs qui ont le plus souffert de l’épidémie.

Le Dow Jones a grimpé de 5,63 % à un nouveau record, tandis que le NASDAQ prenait 1,25 %. À Toronto, l’indice composite S&P/TSX s’est apprécié de 2,4 %.

L’action des laboratoires Pfizer s’est envolée de plus de 11 %.

Un grand jour pour l’humanité

Si le vaccin de Pfizer et BioNTech devait être autorisé par les autorités réglementaires, le nombre de doses serait limité dans un premier temps, même si les deux firmes ont commencé à fabriquer le vaccin avant de connaître son efficacité.

Sur la base de projections, les entreprises ont déclaré qu’elles prévoyaient fournir jusqu’à 50 millions de doses de vaccins dans le monde en 2020 et jusqu’à 1,3 milliard de doses en 2021.

De nombreuses questions subsistent également, notamment sur la durée de protection offerte par le vaccin.

Toutefois, cette annonce laisse espérer que d’autres vaccins en cours de développement contre la COVID-19 pourront s’avérer également efficaces.

Aujourd’hui est un grand jour pour la science et l’humanité. Nous franchissons cette étape cruciale de notre programme de développement de vaccins à un moment où le monde en a le plus besoin, avec des taux d’infection qui battent des records, des hôpitaux qui approchent de la surcapacité et des économies qui peinent à rouvrir.

Albert Bourla, PDG de Pfizer

Pfizer prévoit demander aux États-Unis une autorisation d’utilisation d’urgence du vaccin pour les personnes âgées de 16 à 85 ans. Pour ce faire, le groupe devra avoir recueilli les données sur la sécurité portant sur deux mois et environ la moitié des 44 000 participants à l’étude.

Le groupe et son partenaire BioNTech ont un contrat de 1,95 milliard de dollars avec le gouvernement américain pour la livraison de 100 millions de doses de vaccins à partir de cette année.

Trump se réjouit, Biden lance une mise en garde

La Bourse est en forte hausse, un vaccin arrive bientôt. Efficacité de 90 %. Quelle excellente nouvelle!, a commenté le président américain Donald Trump sur Twitter.

Le président désigné Joe Biden s’est aussi réjoui de la nouvelle, en félicitant les scientifiques derrière ce développement, mais a tout de même prévenu que les États-Unis sont à des mois de la fin de la bataille contre la COVID-19.

Si le vaccin était approuvé fin novembre, comme le prévoient des dirigeants de l’industrie, certaines personnes pourraient être vaccinées d’ici la fin de l’année, admet-il dans un communiqué.

Mais il faudra des mois avant une vaccination à grande échelle dans le pays, rappelle-t-il.

D’ici là, le port du masque et d’autres mesures sanitaires doivent être privilégiés pour prévenir plus de morts, indique encore M. Biden, en rappelant que plus de 1000 Américains meurent de la COVID-19 chaque jour et que cela pourrait empirer.

Pfizer a aussi conclu des accords d’approvisionnement avec l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Japon.

20 millions de doses du vaccin réservées par Ottawa

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a jugé la nouvelle très encourageante. Il a rappelé en conférence de presse que son gouvernement s’attend à ce que des vaccins soient prêts au début de l’année prochaine.

D’ici là, il est très très important que nous redoublions d’efforts [pour] nous assurer de contrôler la propagation de la COVID-19 au cours des prochains mois, afin que nous puissions agir rapidement pour protéger tous les Canadiens quand le vaccin arrivera, a-t-il déclaré.

Pour être très clair : si vous contractez la COVID au cours des prochains jours ou des prochaines semaines, le vaccin ne va pas vous aider […]. Nous voyons la lumière au bout du tunnel […], mais nous devons faire notre part. Nous devons rester forts et nous accrocher quelques mois de plus, peut-être plus.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Pfizer s’est déjà engagée à fournir un minimum de 20 millions de doses de son vaccin candidat au Canada, ce qui permettrait, une fois le vaccin homologué par Santé Canada, d’immuniser 10 millions de personnes.

Ottawa indiquait encore à la fin du mois d’octobre que des négociations visant à en obtenir des doses supplémentaires étaient en cours. Évidemment, si ça fonctionne, on va en acheter encore plus, a assuré M. Trudeau.

Le premier ministre a rappelé que des populations prioritaires recevraient le vaccin en premier, en attendant que d’autres doses soient reçues.

Il s’agit, selon des directives annoncées la semaine dernière par l’Agence de la santé publique du Canada, des personnes risquant fortement de développer une forme grave de la COVID-19 ou d’en mourir, des personnes susceptibles de leur transmettre la maladie et de travailleurs qui contribuent au maintien de services essentiels à la société.

On a sécurisé plusieurs millions d’exemplaires de ce vaccin et on s’attend à ce que ça arrive normalement dans les trois premiers mois de 2021. Évidemment, on va commencer avec des populations prioritaires pour les vaccinations, mais on devrait en avoir de plus en plus au fil des mois, y compris avec d’autres potentiels candidats vaccins.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

M. Trudeau a par ailleurs souligné que le vaccin de Pfizer et BioNTech doit initialement être conservé à -75 °C, de sorte que sa distribution, s’il est approuvé, va amener quelques complexités logistiques à résoudre.

Nous sommes en train de travailler avec les provinces pour assurer qu’on a la capacité de distribuer ce vaccin à des cibles prioritaires, a-t-il ajouté.

Le premier ministre a aussi rappelé que son gouvernement a réservé des dizaines de millions de doses d’autres vaccins candidats, afin d’avoir plusieurs options à sa disposition.

Des résultats prometteurs

C’est encourageant, a commenté la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au CHUM, dans une entrevue accordée à Radio-Canada

Une efficacité à  90 % c’est très très bon. C’est ce qu’on recherche dans un vaccin, ajoute-t-elle, en rappelant que le vaccin contre la rougeole, par exemple, est efficace à environ 95 %.

C’est très très bon, parce qu’on avait peur de devoir se contenter d’un vaccin […] efficace à 50 %. Ça aurait été quand même correct, mais ça aurait pris beaucoup plus de temps à endiguer l’épidémie.

Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au CHUM

La Dre Tremblay souligne toutefois que ces résultats demeurent préliminaires, qu’ils ont été publiés par les compagnies qui développent le vaccin, et qu’ils doivent encore être évalués par des autorités réglementaires, dont Santé Canada.

Ils attendent aussi encore leurs données de sécurité, qui elles doivent arriver dans deux semaines parce qu’il fallait attendre deux mois après la fin de la deuxième dose du dernier patient, ajoute-t-elle.

Donc ça, ça va arriver d’ici deux semaines et après ça, si tout s’avère correct, ils vont soumettre [leurs résultats] aux autorités réglementaires.

La Dre Tremblay rappelle en outre que les essais cliniques d’autres vaccins candidats se poursuivent en parallèle, ce qui permet d’espérer d’autres développements prometteurs.

La planète va avoir besoin de tous ces vaccins. Ce n’est pas nécessaire que tous aient le même vaccin de la même compagnie. L’important, c’est que chaque compagnie, chaque type de vaccin qui est évalué, arrive avec des résultats d’efficacité et de sécurité surtout.

Dre Cécile Tremblay, microbiologiste et infectiologue au CHUM

Le marché va être suffisamment grand au niveau de la planète pour qu’ils se le partagent, et qu’il y ait des doses accessibles à tout le monde, parce que ça va prendre une mégaproduction pour y parvenir, note-t-elle.

D’ici à ce que le Canada approuve et reçoive des doses du vaccin de Pfizer et BioNTech, il importe de poursuivre les mesures sanitaires en vigueur (distanciation physique, port du masque, lavage fréquent des mains), prévient la Dre Tremblay, parce qu’on peut éviter peut-être un millier de morts.

Ce ne sera pas instantané. N’oublions pas que ça prend deux doses [du vaccin, données] à un mois d’intervalle, donc ça va être toute une procédure d’administrer ça à un grand nombre de personnes, rappelle-t-elle.

La prudence est de mise

Malgré le fait qu’on ait tous envie que ce vaccin-là soit bon et qu’on soit sortis d’affaire, il faut se garder une petite gêne et il faut s’assurer de regarder les données comme il faut, de bien les comprendre, qu’elles soient bien étudiées, a pour sa part commenté la Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine. En effet, les données dévoilées par Pfizer lundi, même si elles proviennent du stade 3 de l’étude clinique de son vaccin, ne sont que préliminaires et certaines zones d’ombre persistent. J’aimerais voir des données qui montrent que le 90 % est vraiment réel, a aussi dit Pierre Talbot, un spécialiste des coronavirus à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Seule la compagnie a vu les données jusqu’à présent, souligne la Dre Quach, qui rappelle, à l’instar de la Dre Tremblay, que les données d’innocuité ne seront dévoilées que dans quelques jours.

On ne sait pas non plus encore si les sujets qui ont été vaccinés sont toujours protégés après quelques mois ni si le vaccin offre une protection égale à tous les participants.

Selon la Dre Quach, il s’agit là de données dont il faudra disposer, étant donné la quantité limitée de vaccins qui sera disponible au début, et le fait que deux doses devront être administrées.

Je pense qu’il faut juste attendre un peu. Les nouvelles sont réjouissantes, mais il faut attendre avant de crier victoire. Il faut vraiment que ces données-là soient présentées aux différents groupes aviseurs. On va attendre les données scientifiques avant de pavoiser.

Dre Caroline Quach-Thanh, pédiatre et microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

Il importera aussi de mener à bien les études de phase 3 même si une utilisation d’urgence du vaccin est autorisée, afin de ne pas brouiller les données scientifiques, a-t-elle ajouté. Ce n’est pas fini, mais c’est plus près de la fin que du début , ajoute M. Talbot, de l’INRS.

avec les informations de Agence France-Presse, Reuters et La Presse canadienne

Vous aimerez aussi