Québec devrait recentrer son aide sur la productivité des entreprises

13 décembre 2018

Le Devoir : 13 décembre 2018 – Pour atteindre l’objectif de François Legault d’augmenter le nombre d’emplois mieux rémunérés, Québec devra recentrer son aide aux entreprises sur la formation et l’investissement dans les technologies, conclut une étude.

Dans un contexte de rareté de main-d’oeuvre, il devient beaucoup moins utile d’encourager les entreprises à maintenir ou créer des emplois, comme le font souvent les programmes d’aide gouvernementaux, que de soutenir l’amélioration de leur productivité, c’est-à-dire la richesse produite par heure travaillée, observe une note de recherche intitulée Plus d’emplois bien rémunérés, est-ce possible ?, que doit dévoiler jeudi l’Institut du Québec. C’est « effectivement [l’amélioration de la productivité] que se trouvent les principaux gains potentiels en matière de croissance salariale et de croissance économique », y fait-on valoir. Cela correspond également à l’objectif que s’est fixé le nouveau premier ministre québécois, qui répète depuis des mois qu’il voudrait un plus grand nombre d’emplois « avec des salaires à 25 $, 30 $, 40 $ l’heure ».

Se basant sur de nouvelles données de Statistique Canada, l’Institut rapporte non seulement que le salaire horaire médian au Québec était de 21,75 $ l’an dernier, mais que 10 % des emplois étaient sous la barre de 12 $ l’heure, 32 % entre 12$ et 20 $, 21 % entre 20$ et 26 $, 8 % entre 26$ et 30 $, 16 % entre 30$ et 40 $ et 13 % à 40 $ ou plus. Les plus fortes proportions d’emplois à plus de 26 $ l’heure se retrouvent entre autres dans les secteurs de l’enseignement (60 %), de la construction (59 %) et de l’administration publique (67 %). Les secteurs où la proportion des emplois à moins de 26 $ de l’heure est la plus forte sont notamment les services d’hébergement et de restauration (95 %), l’agriculture (85 %), les soins de santé et l’assistance sociale (64 %) ou encore l’entretien et autres services de soutien relatif aux bâtiments (87 %).

Comparativement à l’Ontario, le Québec compte un peu plus d’emplois dont les salaires horaires se situent entre 12 $ et 26 $, autant dans la fourchette entre 26 $ et 40 $, et un peu moins à 40 $ et plus. Cela tient notamment au secteur de la finance et de l’immobilier ainsi que celui des services professionnels, scientifiques et techniques.

Cap sur la productivité

La directrice de l’Institut du Québec, Mia Homsy, admet toutefois que les comparaisons avec la province voisine sont parsemées de pièges en raison, entre autres, d’un coût de la vie généralement plus bas au Québec. Plutôt que d’essayer de développer, par exemple, un secteur financier aussi important que l’Ontario, ce dernier serait plus avisé, dit-elle, d’essayer d’accroître le poids relatif dans son économie de secteurs à forte valeur ajoutée où il excelle déjà, comme l’aéronautique, les sciences de la vie, les technologies numériques et les technologies vertes.

« Mais l’objectif ne devrait pas être seulement d’avoir plus d’emplois à 40 $ l’heure, mais plutôt d’augmenter les salaires à tous les niveaux de revenus », a observé l’économiste en entretien téléphonique au Devoir mercredi. Pour ce faire, il faudra apprendre à produire plus de richesse par heure travaillée et, pour atteindre cet objectif, concentrer ses efforts sur la formation de la main-d’oeuvre et l’investissement dans de nouvelles technologies. « Je dirais que la formation est le plus important de tout », dit Mia Homsy.

Ces objectifs devront mieux se refléter dans les programmes d’aide aux entreprises des gouvernements, note-t-elle. « On aura besoin entre autres de nouveaux indicateurs de performance, qui mesureraient, par exemple, les revenus générés par heure travaillée. »

Source : Le Devoir

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