Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation – Connecter les cerveaux du Québec

27 juin 2021

Vous vous souvenez de 2005 ? François Legault était membre du Parti québécois. Le salaire minimum était de 7,60 $ l’heure, les Québécois venaient de découvrir Arcade Fire et Saku Koivu était capitaine du Canadien.

Bien des choses ont changé depuis. Le PIB du Québec, par exemple, a gonflé de 20 %. Mais les dépenses en recherche et en développement (R-D) de la province, elles, sont restées figées dans le temps.

En dollars réels, elles n’ont en effet pas progressé d’un iota entre 2005 et 2018. (Ce sont malheureusement les chiffres les plus récents, ce qui représente un problème en soi.)

Pendant la même période, la plupart des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont haussé leurs dépenses en recherche. Dans l’économie du savoir d’aujourd’hui, le danger d’être largué est réel.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a lancé une réflexion entourant une nouvelle version de ce que les habitués appellent la « SQRI » : la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation.

Ce document donne une vision à toute la chaîne de la recherche au Québec, des laboratoires universitaires aux chaînes de production des entreprises. L’exercice suscite un intérêt réjouissant : pas moins de 233 mémoires ont été déposés (il y en avait eu 90 en 2017) et 200 participants ont été entendus lors des consultations.

La nouvelle stratégie est attendue l’an prochain. Les défis sont grands, et les chantiers, nombreux. Surtout qu’avec le contexte post-pandémie, on se doute que les milliards ne pleuvront pas. Il faudra faire beaucoup avec peu.

En quelque sorte, cela ne tombe pas si mal. Parce qu’en analysant les chiffres plus finement, on constate que le rôle du gouvernement ne sera pas tant de puiser dans ses poches que de trouver un moyen d’inciter les entreprises à fouiller dans les leurs.

Au Québec, celles-ci ne comptent que pour 55 % des dépenses totales de R-D (le reste vient essentiellement des universités et de l’État). C’est 71 % pour la moyenne de l’OCDE. Un écart gigantesque.

Qu’est-ce qui retient nos entreprises d’innover ? Dans une étude fascinante, Catherine Beaudry, de Polytechnique Montréal, montre que contrairement à ce qu’on pourrait penser, le manque d’argent n’est pas la cause principale. (La professeure Beaudry signe d’ailleurs un texte à ce sujet dans nos pages aujourd’hui.)

Des facteurs comme les risques et les incertitudes liés à l’innovation et le manque de compétences pour s’y attaquer sont encore plus importants.

Appui à la création d’emplois hautement qualifiés, mentorat, aide à l’exportation : le gouvernement provincial a pourtant toutes sortes de programmes de soutien. Le hic : historiquement, ils formaient un fouillis dans lequel les entreprises peinaient à se retrouver. C’était particulièrement vrai pour les plus petites. Et comme le Québec est un monde de PME, on échappait beaucoup de monde.

Il y a un an, Québec a créé un guichet unique pour les entrepreneurs en fusionnant plusieurs services sous le chapeau d’Investissement Québec. Aujourd’hui, ils peuvent tout trouver dans un seul bureau. La pandémie a toutefois empêché d’en mesurer les bénéfices. Est-ce que ce sera suffisant pour inciter les entreprises à innover ? On attend impatiemment la réponse.

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Au-delà des programmes, la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation devra fixer des orientations. Ici, permettez-nous un souhait : que la recherche soit canalisée vers nos problèmes de société.

Si la COVID-19 a montré une chose, c’est bien que l’innovation ne sert pas qu’à créer la prochaine application mobile à la mode. Quand une crise frappe, c’est vers la recherche qu’on se tourne pour trouver des solutions. Où serions-nous, aujourd’hui, sans vaccins ou tests diagnostiques pour la COVID-19 ?

Le Québec affronte une crise climatique et négocie un virage vers une économie sans carbone. Il fait face au vieillissement de sa population. Il veut être prêt pour la prochaine pandémie.

Les solutions à ces défis ne sortiront pas d’une boîte de maïs soufflé au caramel. Elles viendront des neurones de nos chercheurs et de nos entrepreneurs. La Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation doit mobiliser ces cerveaux… et aider à les connecter.

AUTEUR: PHILIPPE MERCURE

SOURCE : LA PRESSE

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