Têtes chercheuses : Un livre pour faire rayonner l’apport des femmes en science

7 avril 2021

Florence Meney a longtemps été journaliste avant de passer du côté des relations médias, d’abord à l’Institut Douglas, puis au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, et maintenant au CHU Sainte-Justine. Les travailleurs de l’information la connaissent pour son efficacité, mais surtout pour sa volonté de mettre les chercheurs en lumière.

« Souvent, quand je proposais à des femmes de faire des entrevues avec des journalistes, elles étaient excessivement humbles, au point de refuser des opportunités médiatiques au profit de leurs collègues, compétents, certes, mais pas plus qu’elles », raconte Florence Meney, qui s’est dit qu’un jour, elle écrirait un livre sur ces femmes scientifiques québécoises parfois peu connues du grand public.

Le souhait de Florence Meney prend forme aujourd’hui avec la publication de Têtes chercheuses, qui réunit les portraits de 20 femmes scientifiques œuvrant dans différents domaines, avec un accent assumé en santé. L’auteure nous fait découvrir, entre autres, la pédiatre et microbiologiste-infectiologue Caroline Quach-Thanh, la biochimiste Isabel Desgagné-Penix et la chercheuse en intelligence artificielle Joelle Pineau. Les femmes vulgarisent leurs recherches, racontent leur parcours et réfléchissent sur les obstacles associés au fait d’être une femme en science.

Honnêtement, la plupart des femmes, sinon toutes, ont, à un certain degré, évoqué que c’était une difficulté. Certaines ont dit qu’elles ont eu l’avantage d’avoir des conjoints présents pour les épauler et leur permettre d’avancer. D’autres ont eu des mentors masculins ou féminins.

Pour discuter de la place et de l’apport des femmes en science, La Presse a réuni autour d’une table ronde virtuelle Florence Meney et l’une des scientifiques du livre : la psychologue Sylvie Belleville, professeure à l’Université de Montréal et directrice scientifique du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Sylvie Belleville souligne d’emblée qu’elle n’a pas grandement souffert du plafond de verre. « Bon, un peu, quand même, nuance-t-elle. Mais je sais que j’ai beaucoup de mentors qui en ont souffert. Des femmes d’autres milieux, ou peut-être un peu plus âgées. Et il faut faire attention : le plafond de verre, on ne s’en rend pas toujours compte. »

Réseaux d’influence

C’est très insidieux, le plafond de verre, résume Florence Meney. « Les femmes que j’ai rencontrées me disaient qu’à un niveau élémentaire, oui, il y a beaucoup de femmes en science, mais c’est quand on commence à monter que ça change. Qui va obtenir des subventions ? Qui va siéger aux comités les plus influents ? Et il y a aussi toute la question des réseaux souterrains d’influence. » Dans le livre, Catherine Potvin, biologiste spécialiste en écologie tropicale, raconte comment il a été ardu, en tant que femme, de s’affirmer comme une autorité dans son domaine.

Sylvie Belleville souligne que les femmes n’ont pas nécessairement l’envie (ni le temps !) de jouer le jeu des réseaux d’influence.

Moi, je n’ai pas nécessairement envie d’aller jouer au golf pour essayer de faire des jeux de pouvoir. Les femmes, on a quand même des vies complexes, on a des enfants, nos valeurs sont ailleurs.

Sylvie Belleville, psychologue

La chercheuse se dit d’ailleurs favorable à l’établissement de quotas pour augmenter le nombre de femmes et de gens issus des minorités dans les milieux universitaires et en science.

Florence Meney est encouragée par la volonté des femmes scientifiques qu’elle a rencontrées d’être des mentors pour les générations qui suivent. Elle y voit un changement de paradigme réjouissant. Parce que les femmes, dit-elle, ont beaucoup à apporter en science, et cette réalité s’impose dans son livre.

« Dans tous les domaines, peu importe la question, plus on a de perspectives diverses, plus on va s’approcher de la vérité, souligne Sylvie Belleville, dont la recherche porte sur la plasticité cérébrale et les maladies neurodégénératives. Si la femme n’est pas dans tous les domaines de la société, sa vérité ne sera pas représentée. »

La psychologue se souvient à quel point les femmes étaient minoritaires quand elle a accédé aux cycles supérieurs, dans les années 1980. Le profil des étudiants est aujourd’hui beaucoup plus diversifié, mais les femmes demeurent encore hésitantes à opter pour une carrière de chercheuse.

« Des fois, ce n’est pas que ça ne les intéresse pas. C’est qu’elles ont l’impression qu’elles vont devoir mettre tout un pan de leur vie en avant, vers la carrière de chercheur, et ça leur fait peur. Je les comprends. Mais on peut très bien être multiple dans la vie. Et surtout, on n’est pas obligée d’être top, top, top partout ! »

Dans le livre, des scientifiques aux carrières exceptionnelles ont confié à Florence Meney souffrir du syndrome de l’imposteur.

Les femmes n’ont pas non plus besoin d’essayer d’imiter les hommes dans l’exercice de leur pouvoir, conclut Sylvie Belleville. « Moi, j’ai mis des grandes chaussures quand j’ai été directrice du centre de recherche, se souvient-elle. Il y avait eu deux hommes très reconnus avant moi. Je me disais : est-ce que j’aurai la taille ? Et en fait, ce qu’on a besoin de se dire, c’est : la taille que j’aurai, c’est celle que j’ai. »

AUTEURE: CATHERINE HANDFIELD
SOURCE:  LA PRESSE

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