Un tour de force réalisé à Montréal

7 juillet 2021

OPTITHERA a mis au point un test pour prédire les risques de complications du diabète

Un test pour prédire l’avenir et agir avant que le pire ne survienne… Améliorer la qualité de vie des diabétiques tout en réduisant les coûts en soins de santé à l’État québécois… Voilà le tour de force qu’a réussi l’entreprise montréalaise OPTITHERA et son équipe de chercheurs du CRCHUM. Son test unique au monde pour prédire les complications majeures liées au diabète de type 2 sera bientôt commercialisé.

Après 12 ans de recherches et 22 millions de dollars, l’équipe des Drs Pavel Hamet et Johanne Tremblay a enfin réussi à mettre au point son test génétique pour les diabétiques de type 2.

Il faut savoir que le diabète augmente les risques de maladies du cœur, des reins, du système neurologique et des yeux qui ont des conséquences majeures sur la qualité de vie des patients.

« Quand on a commencé, on n’avait même pas les outils pour être capables de faire ce qu’on fait aujourd’hui », explique au téléphone le DPavel Hamet, président fondateur d’OPTITHERA, chercheur au CRCHUM et professeur de médecine à l’Université de Montréal.

Sa collègue, la Dre Johanne Tremblay, cofondatrice d’OPTITHERA, et lui cherchaient une façon d’utiliser la génétique pour détecter les complications du diabète après qu’une étude mondiale eut démontré que des traitements plus intensifs diminuaient la mortalité des patients.

J’ai toujours été préoccupé par le fait qu’on n’avait pas la capacité de déterminer qui devait avoir un traitement intensif et qui n’en avait pas besoin. Avec ma collègue, la Dre Tremblay, on s’est demandé si on pouvait détecter les risques de complications avant qu’ils arrivent et intensifier les traitements chez les patients à haut risque avant qu’ils aient leurs premiers symptômes.

Le Dr Pavel Hamet

Actuellement, on traite les patients lorsqu’ils ont des symptômes.

Grâce à l’information génomique et à l’intelligence artificielle, qui n’était pas accessible au début de leurs recherches et qui permet de traiter des centaines de millions de données par patient, les deux chercheurs ont atteint leur but.

Leur test peut déterminer si le patient est à risque bas, normal, moyen ou élevé. « Pour ceux qui sont à risque bas, normal et moyen, on va dire au médecin de continuer à appliquer ce qu’il fait déjà, mais pour ceux à risque élevé, on va suggérer d’intensifier la thérapie. »

« Parce qu’on a prouvé qu’intensifier la thérapie d’un diabétique à risque rénal, par exemple, retarde la dialyse de cinq ans, poursuit le DHamet. Il y a des médicaments qui existent, mais qui sont donnés une fois que vous avez un problème. »

Économiser des coûts et améliorer la santé

Dans le but de rendre le test gratuit, OPTITHERA tentera de démontrer au gouvernement québécois qu’il fait des économies en soins de santé. Le DHamet cite l’exemple de l’insuffisance rénale, l’une des complications du diabète. « Les gens en dialyse coûtent 100 000 $ par année au système de santé. Si vous retardez la dialyse de cinq ans, vous économisez 500 000 $ en plus d’améliorer la qualité de vie des patients. »

Un test à faire chez soi

Le test sera disponible au Québec et au Canada d’ici environ six mois, puis aux États-Unis et en Europe. Les Drs Pavel et Tremblay espèrent qu’il sera couvert par le gouvernement. Entre-temps, les diabétiques de type 2 pourront le commander eux-mêmes sur le site internet d’OPTITHERA, avec ou sans demande de leur médecin traitant, au coût d’environ 400 $.

Les diabétiques recevront la boîte à la maison, procéderont au test par salive, puis enverront l’échantillon au laboratoire relié à l’entreprise. Les résultats seront par la suite transmis au patient ainsi qu’à son médecin.

L’étude des Drs Pavel Hamet et Johanne Tremblay et de leur équipe de chercheurs a été publiée dans la revue scientifique Diabetologia, journal officiel de l‘European Association for the Study of Diabetes [EASD]). Elle indique que près de 600 variants génétiques associés aux maladies cardiovasculaires et rénales ont été sélectionnés chez plus de 1 million d’individus. L’équipe a aussi analysé les données cliniques et génétiques des participants provenant de 17 pays de l’étude ADVANCE, importante étude clinique mondiale chez les patients diabétiques. De plus, le test a été validé dans quatre cohortes indépendantes, dont la plus grande banque de données du Royaume-Uni.

D’autres études doivent être faites pour savoir si le test fonctionne aussi pour le diabète juvénile.

 

AUTEURE: ISABELLE DUBÉ

SOURCE : LA PRESSE

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